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Actualités - Chronologie

Le Krokodil de l'apartheid face à la justice sud-africaine

L’ancien président Pieter W. Botha, qui comparaît aujourd’hui vendredi devant la justice sud-africaine, incarne la période la plus répressive de l’apartheid (1978-89), pour laquelle ce farouche Afrikaner clame à ce jour n’avoir ni remords ni états d’âme. «Je ne demanderai pas l’amnistie. Ni maintenant, ni demain, ni après-demain», déclarait Botha en 1996, en ignorant les premières convocations de la Commission Vérité et Réconciliation, faisant preuve d’une inflexibilité, qui le conduisent, à 82 ans, au tribunal. Pieter Willem Botha, «le grand crocodile» pour les Sud-Africains, est le chef politique qui a le mieux personnifié la «kragdadigheid» (la force, la poigne en afrikaans) de l’apartheid. Même s’il présida à son déclin, sous l’état d’urgence 1986-89, et initia quelques réformes, trop timides et survenues trop tard. Chef de l’exécutif pendant onze ans, comme premier ministre puis président, Botha engagea en 1984 des réformes sans précédent, créant un Parlement à trois chambres (Blancs, Indiens et métis), accélérant la décentralisation vers les bantoustans, ou desserrant un peu l’étau racial: liberté syndicale aux Noirs, mariages inter-races autorisés. En dépit de ce toilettage qu’il jugeait inévitable «S’adapter ou mourir», disait-il), le suffrage universel direct n’était pas envisagé et la négociation exclue avec le grand mouvement de libération noir, l’ANC. Et la philosophie de développement racial séparé restait la même. «Stratégie totale» P.W. Botha l’accompagna surtout d’un durcissement impitoyable de l’appareil de sécurité (détentions arbitraires par milliers, censure accrue), qu’en tant qu’ancien ministre de la Défense, il contribua plus que tout autre à placer au cœur du système. Botha fut en effet le père de la «stratégie totale» militaire, politique et économique dans les années 80, conçue pour contrer «l’assaut total» qui était alors perçu, à l’intérieur (lutte armée de l’ANC) comme à l’étranger (isolement), contre le régime de Pretoria. A la Défense (1966-1978), Botha avait grandement contribué à bâtir la force et l’indépendance militaire de l’Afrique du Sud, et à la tester, en lançant l’intervention en Angola, qui devait durer treize ans. Politicien combatif, travailleur acharné, Botha avait connu une ascension rapide au Parti national, où il s’engagea à plein temps dès 19 ans. Fils d’une famille de fermiers afrikaners de l’Etat libre d’Orange, il avait auparavant entamé, grâce à une bourse, des études de droit que ses parents, ruinés par la Grande Dépression, ne pouvaient lui offrir. «Je ne demanderai pas pardon pour être un Boer afrikaner (paysan descendant des colons blancs néerlandais), déclarait-il récemment, aussi fier de ses origines que de son bilan politique. Je ne m’excuserai pas pour la lutte contre des attaques révolutionnaires marxistes qui ont entraîné la mutilation et la mort de civils innocents». Austère Depuis un an, plusieurs ex-officiers ont déclaré à la TRC, chargée de faire la lumière sur les crimes de l’apartheid, que Botha avait ordonné ou approuvé des opérations terroristes meurtrières de la sécurité sud-africaine dans les années 80. L’ancien président a nié avoir commandité un quelconque meurtre, répétant à l’envi: «J’ai fait ce que j’estimais pouvoir faire de mieux pour l’Afrique du Sud, étant donné les circonstances». Personnage austère, réputé pour ses accès de colère et son ton professoral, un index accusateur pointé, «P.W.» reste jugé sévèrement par ses concitoyens: par les Noirs indifférents à ses pseudo-réformes, par les Afrikaners «durs» qui lui reprochent ce début de capitulation. Opéré de la hanche l’an dernier, Botha est aujourd’hui un homme fragile, mais reste éminemment vif, comme l’a démontré sa défense minutieusement préparée avec ses avocats contre la TRC. Ce passionné de marche, jadis cavalier émérite, n’a montré nulle intention d’abdiquer, pas plus devant la TRC que devant la vieillesse. Veuf depuis juin, il s’est fiancé en novembre avec une amie de longue date, de 35 ans sa cadette, Reinette Te Water Naude. (AFP)
L’ancien président Pieter W. Botha, qui comparaît aujourd’hui vendredi devant la justice sud-africaine, incarne la période la plus répressive de l’apartheid (1978-89), pour laquelle ce farouche Afrikaner clame à ce jour n’avoir ni remords ni états d’âme. «Je ne demanderai pas l’amnistie. Ni maintenant, ni demain, ni après-demain», déclarait Botha en 1996, en ignorant les premières convocations de la Commission Vérité et Réconciliation, faisant preuve d’une inflexibilité, qui le conduisent, à 82 ans, au tribunal. Pieter Willem Botha, «le grand crocodile» pour les Sud-Africains, est le chef politique qui a le mieux personnifié la «kragdadigheid» (la force, la poigne en afrikaans) de l’apartheid. Même s’il présida à son déclin, sous l’état d’urgence 1986-89, et initia quelques réformes,...