L’Irak a libéré mercredi 68 prisonniers jordaniens et les a remis au dirigeant de l’opposition jordanienne Leith Choubailat, qui a quitté Bagdad pour Amman en compagnie de 50 d’entre eux. Le président Saddam Hussein avait annoncé dimanche sa décision de libérer immédiatement tous les prisonniers jordaniens après une entrevue avec M. Choubailat, un opposant islamiste pro-irakien, président de l’Ordre des ingénieurs jordaniens. La Jordanie a accueilli favorablement la décision irakienne mais a déploré ne pas avoir été notifiée officiellement par Bagdad. Les 68 prisonniers, dont deux femmes, sont arrivés mercredi matin à l’hôtel Rachid où résidait M. Choubailat, porteurs de drapeaux irakiens et de portraits du président Saddam Hussein. Scandant des slogans à la gloire du chef de l’Etat irakien, ils ont dansé en signe de joie devant l’hôtel. Selon des responsables irakiens, les Jordaniens libérés purgeaient des peines de prison allant jusqu’à 15 ans. Cinquante d’entre eux ont décidé de rentrer et ont pris place à bord d’un convoi de 18 voitures, ouvert par le véhicule de M. Choubailat, pour faire la route d’un millier de kilomètres jusqu’à la capitale jordanienne. Dix-huit autres ont choisi de rester en Irak, ainsi que douze Jordaniens, arrêtés pour interrogatoire et qui ont également été relâchés. La libération des prisonniers jordaniens est susceptible de donner satisfaction à la Jordanie qui avait retiré son chargé d’affaires de Bagdad et expulsé sept diplomates irakiens après l’exécution le 8 décembre en Irak de quatre Jordaniens accusés de contrebande. Elle intervient alors que le numéro deux de l’ambassade irakienne à Amman, Hekmat Hejjou, a été poignardé à mort avec son épouse, quatre autres Irakiens et deux Egyptiens au domicile d’un homme d’affaires irakien, samedi soir à Amman. Bagdad a réagi avec retenue à cet assassinat, réclamant l’ouverture immédiate d’une enquête. Un responsable irakien a estimé qu’une «tierce partie» pourrait être impliquée dans la tuerie, lavant la Jordanie de tout soupçon. Bagdad avait remis au gouvernement jordanien en décembre une liste nominative de 66 Jordaniens détenus en Irak, mais des sources informées à Amman estiment le nombre total des détenus jordaniens à 140. La Jordanie s’est félicitée de la libération des prisonniers mais n’en a pas moins exprimé son irritation quant à la manière dont Bagdad a procédé en remettant les anciens détenus à un leader de l’opposition jordanienne. «En concédant cette libération à un opposant plutôt qu’aux autorités jordaniennes qui la lui réclamaient depuis longtemps, le régime irakien a fait un cadeau empoisonné et nous ne pouvons que nous interroger sur ses intentions réelles», a déclaré un haut responsable jordanien. Le premier ministre jordanien Abdel Salam Majali avait accueilli favorablement la décision irakienne mais déploré que son gouvernement n’ait pas été notifié officiellement par Bagdad. «Par ce geste, l’Irak a ouvertement opté pour l’opposition, au détriment des autorités officielles jordaniennes, dans le but de renforcer cette opposition sur le plan populaire», a noté le haut responsable sous couvert d’anonymat. Il n’a pas exclu ainsi que le président Saddam Hussein ait trouvé «l’occasion de se venger de la Jordanie, où ses gendres avaient fait défection en août 1995 et qui continue d’abriter un groupe de l’opposition irakienne», l’Accord national irakien. «Son message pourrait signifier: vous soutenez mes opposants, je vais faire de même», a ajouté le haut responsable. «Nous ne sommes pas dupes des intentions du président irakien à notre égard», a-t-il encore dit. Ce responsable a en outre relevé qu’en «autorisant le départ des prisonniers en convoi avec M. Choubailat, Bagdad a ouvert pour ce dernier la voie à un retour triomphal en Jordanie». Pour les officiels jordaniens, le président irakien souhaite redorer son blason auprès de l’opinion publique jordanienne qui, dans sa grande majorité, l’avait soutenu lors de la crise du Golfe (août 1990-février 1991). La popularité de Saddam Hussein s’était ensuite effritée en Jordanie, notamment à la suite de l’exécution par Bagdad le 8 décembre dernier de quatre Jordaniens pour contrebande. «Dès l’arrivée des prisonniers jordaniens au poste-frontière, un contrôle strict d’identité sera effectué par les autorités, selon les habitudes en pareille circonstance», a précisé une source officielle. (AFP)
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