Les monnaies asiatiques, notamment la roupie indonésienne, ont stoppé leur dégringolade vendredi, après que les Etats-Unis eurent donné des signes d’une implication plus forte pour endiguer la tourmente financière régionale. Mais la solution définitive à la crise ne peut provenir que de l’adoption de politiques économiques adéquates par les gouvernements eux-mêmes, ont prévenu les analystes. La roupie indonésienne, qui avait chuté de plus de 20% jeudi, a joué les montagnes russes vendredi. Après avoir atteint un nouveau record de 11.000 pour un dollar, la roupie a rebondi de 30% pour clôturer à 7.675. Le sursaut spectaculaire de la roupie et des autres monnaies asiatiques, protégées plus tôt en séance par leurs banques centrales, est intervenu après la promesse du président Bill Clinton d’aider à résoudre la crise. «L’implication américaine a certainement accordé un répit sur les marchés régionaux, mais celui-ci ne sera durable qu’en fonction des politiques économiques adoptées par les pays affectés par la crise», affirme Angus Armstrong, économiste en chef de Deutsche Morgan Grenfell Asie. «Je suis encore sérieusement inquiet» sur les prévisions économiques pour l’Asie en 1998, souligne-t-il, en raison de la baisse des taux de changes extérieurs des économies régionales. «Le principal risque réside dans la menace d’inflation», ajoute-t-il. M. Clinton s’est entretenu jeudi soir par téléphone avec le premier ministre de Singapour Goh Chok Tong et le président indonésien Suharto pour affirmer son soutien au programme du FMI en Asie, a annoncé la Maison-Blanche. Le secrétaire adjoint au Trésor Larry Summers, «avec des représentants du département d’Etat et du Conseil national de sécurité, se rendra rapidement dans la région», a annoncé la Maison-Blanche. Ces entretiens ont eu lieu quelques heures après la décision du FMI d’envoyer une équipe d’experts à Jakarta pour inciter le gouvernement indonésien à une mise en œuvre plus rapide des réformes économiques mandatées par l’organisation internationale. «L’appel de M. Clinton en personne a fait naître l’espoir que les Etats-Unis assureront un rôle plus important pour lutter contre la crise», observe Andy Tan, directeur général chez Standard and Poor’s MMS. Les monnaies se sont redressées au moment du déjeuner, quand les transactions sont moins nombreuses, mais le marché est demeuré nerveux, a souligné M. Tan. «Il faudra maintenant observer comment les paroles se transforment en actes. Chacun peut jouer un rôle dans le drame actuel, notamment les Etats-Unis, le FMI et Suharto», a-t-il ajouté. Selon Jacqueline Ong, économiste à la maison de titres britannique Idea, l’appel téléphonique de M. Clinton, combiné à des rumeurs d’une intervention massive de la Réserve fédérale américaine sur le marché en vue de stopper la chute des monnaies asiatiques, a conduit à un certain dégagement sur des positions à long terme en dollars. Le dollar de Singapour, qui avait plongé à 1,8140 face au dollar, son plus bas depuis septembre 1990, s’est redressé après l’annonce de l’intervention de l’Autorité monétaire de Singapour (MAS), qui fait office de Banque centrale. Le dollar de Singapour a clôturé à 1,767 dans l’après-midi, contre 1,7770 en clôture la veille, tandis que le ringgit malaisien, soutenu par la banque centrale, progressait à 4,6250 après avoir crevé le plancher des 4,7000, contre 4,6680 la veille. Le baht thaïlandais a progressé, terminant à 52,70 face au dollar sur les marchés étrangers, contre 53,00 la veille, tandis que le peso philippin progressait légèrement à 44,30 pour un dollar, contre 44,92 la veille en clôture. Le won sud-coréen était en baisse à 1.811 contre 1.790, dans un climat pessimiste entourant le marché asiatique. Le dollar de Taiwan était stable à un niveau de 34,10 face au dollar, contre 34,32 en clôture la veille. (AFP)
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