La crise financière qui secoue l’Asie orientale et la perspective d’une hausse du chômage dans cette région suscitent la crainte au Japon d’une recrudescence de l’immigration clandestine qui bat déjà tous les records depuis quelques années dans l’archipel. Il est trop tôt sans doute pour en tirer des conclusions, mais un exemple concret s’est produit début janvier avec l’arrivée par bateau de seize ressortissants du Bangladesh, dont plusieurs ont, semble-t-il, reconnu qu’ils avaient perdu leur emploi en Corée du Sud du fait de la crise et espéraient retrouver du travail du Japon. La police japonaise a mis sous les verrous un marin sud-coréen, Song Song-Taek, 50 ans, soupçonné d’être le passeur. Cinq de ces immigrés clandestins n’ont pas encore pu être retrouvés. «Ils sont venus au Japon pour trouver de meilleures chances de travailler car ils ont perdu leur emploi en Corée du Sud», a dit un porte-parole de la police. «La crise économique peut devenir l’un des principaux facteurs de l’immigration clandestine», ajoute M. Masaki Abe, un responsable du Bureau de l’immigration au ministère de la Justice. «Une partie des immigrés qui s’installent illégalement au Japon recherchent un travail et une vie meilleure. Ils rêvent de gagner de l’argent. Il s’agit d’un phénomène mondial», ajoute-t-il. 54.271 étrangers ont été expulsés du Japon en 1996, le plus souvent pour séjour illégal et travail au noir. Les chiffres de 1997 ne sont pas encore connus mais les statistiques officielles font apparaître une irrésistible montée de l’immigration clandestine au Japon depuis plusieurs années. Interrogée sur les conséquences de la crise qui touche l’Asie depuis juillet dernier sur l’immigration, l’Agence de la sécurité maritime, qui exerce la tutelle sur les garde-côtes, reconnaît qu’elle s’attend à devoir redoubler de vigilance dans les prochains mois. «Des mesures ont déjà été prises pour renforcer la surveillance par bateau et par avion afin d’empêcher les clandestins de poser leur pied sur le territoire japonais», dit un porte-parole. Des conditions de travail très dures Les travailleurs étrangers trouvés en situation irrégulière viennent pour 91% d’entre eux d’Asie, principalement de Chine, des Philippines, de Thaïlande et de Malaisie, selon le ministère de la Justice. Les Chinois constituent la majorité (57,7%) des immigrés clandestins arrivant par bateau et appréhendés par les garde-côtes. «Mais nous trouvons toutes les nationalités», ajoute ce porte-parole. La presse sud-coréenne a fait état au début d’un exode de travailleurs étrangers de Corée du Sud du fait de la crise, conduisant le gouvernement sud-coréen à abandonner un projet de répression contre le travail clandestin dans ce pays. 370.000 Chinois, Vietnamiens, Philippins et Bangladeshis sont employés dans des conditions souvent très dures dans des secteurs réputés sales, dangeureux et difficiles en Corée du Sud, selon les estimations sud-coréennes. La moitié de ces étrangers seraient en situation illégale dans le pays. Les bateaux chargés de clandestins repérés au large du Japon sont équipés d’appareils de plus en plus sophistiqués pour échapper à la surveillance et organiser des rendez-vous en mer en pleine nuit avec les passeurs japonais. Beaucoup possèdent des systèmes permettant de déterminer leur position en utilisant des mesures par satellite. L’Agence de la sécurité maritime a relaté hier les détails d’une chasse de neuf jours donnée par cinq avions et neuf bateaux japonais à un bateau chinois chargé de 60 clandestins qui s’est poursuivie sur 3.700 km jusqu’à ce que l’embarcation finisse jeudi par retourner dans les eaux territoriales chinoises, à 30 km de Shanghai. Jamais les garde-côtes japonais n’avaient été aussi loin pour traquer un bateau suspect. «Nous n’avions pas d’autre solution que de le suivre jusqu’au bout pour être sûr qu’ils ne reviennent pas», a dit un porte-parole. (AFP)
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