Les industriels français jugent l’année 1998 prometteuse au plan économique, surtout pour leur activité personnelle, mais ils voient dans les 35 heures un obstacle à leur activité, ce qui les conduit majoritairement à envisager un simple maintien de leurs investissements, un gel des salaires, voire une légère érosion de leurs effectifs. C’est ce que révèle un sondage de la Sofres rendu public mercredi par l’hebdomadaire l’Usine nouvelle. Les patrons sont 65% à croire à une amélioration ou à un maintien de la situation économique actuelle en 1998, contre 73% un an plus tôt. Mais ils dépassent cette relative prudence — 18% seulement anticipent un nouveau redressement de l’économie — lorsqu’il s’agit de leur propre entreprise dont 30% prévoient pour cette année un regain de forme. Une majorité des 400 industriels interrogés (52%) prévoient une croissance de leur chiffre d’affaires en 1998. Mais cette embellie ne signifie pas reconstitution des marges malgré la perspective d’un maintien ou d’une légère augmentation des prix de vente de leurs produits. Les patrons sont en effet encore 39% (contre 40% il y a un an) à prévoir le simple maintien de leur résultat net cette année, tandis que 7% (contre 36%) entrevoient une augmentation. D’une façon générale, tant sur la situation économique en France que sur la santé de leurs propres affaires, les industriels sont d’autant plus optimistes que leur entreprise est importante. Et inversement. Les plus grandes continuent ainsi à jouer un rôle moteur. Par secteur d’activité, la chimie se classe dans le camp des optimistes, l’agro-alimentaire fait preuve d’attentisme alors que le textile et les industries du bois et du papier sont les plus moroses. Interrogés sur le principal moteur de l’activité économique française en 1998, les patrons continuent, à une très large majorité (81%), à citer en tout premier lieu les exportations, malgré la crise asiatique. Et ils ne sont plus que 15% (contre 23% il y a un an) à entrevoir une reprise de la consommation à moyen terme. Ils s’inscrivent ainsi en porte-à-faux avec les prévisions du gouvernement qui mise sur un réveil de la demande intérieure pour atteindre son objectif de croissance du PIB de 3%. Pour 78% des chefs d’entreprise, la perspective des 35 heures est le principal facteur de nuisance pour leur activité en 1998. Et même les «patrons de gauche» que la Sofres dit avoir interrogé y voient un obstacle dans 55% des cas. L’attentisme qui s’ensuit se retrouve dans de modestes perspectives d’investissements, beaucoup plus tournés vers les gains de productivité que vers l’augmentation des capacités. En terme d’effectifs, les patrons sont deux fois plus nombreux cette année à en prévoir une baisse (27%) qu’une hausse (13%). Et les débauches seraient avant tout le fait des grandes entreprises (43% d’entre elles). Mais les 35 heures devraient aussi conduire à un coup de frein massif sur les hausses de salaires. En effet, 40% des industriels prévoient un gel des salaires dans leur entreprise, soit l’un des chiffres les plus élevés jamais réalisés, précisent les auteurs de l’enquête. Les 35 heures apparaissent donc comme le principal frein susceptible d’hypothéquer une reprise de l’activité à laquelle les patrons veulent croire, tout en la jugeant fragile. Reprenant le récent propos d’un responsable de l’Insee lors de la présentation des prévisions du premier semestre 1998, l’un des responsables de l’enquête a souligné, lors d’une conférence de presse, le décalage entre le climat dégradé depuis octobre et l’économie réelle, où l’on ne voit pas de signe de faiblesse. Il y a, selon lui, un hiatus entre la morosité de la consommation et la vigueur du courant d’activité industrielle qui ne devrait pas se démentir en 1998 avec l’effet «euro». (Reuters)
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