Du Saint Siège d’Etchmiadzine, le catholicos Karékine I a adressé sa bénediction pontificale à tous les Arméniens. Il déclare notamment dans son message de Noël: «Nous nous trouvons placés aujourd’hui devant des impératifs inéluctables, tant en Arménie qu’en Artaskh. (...) Il est temps d’agir plus que de parler et d’œuvrer main dans la main, cœur avec cœur, en appliquant nos efforts en union et en harmonie». Voici la teneur du message de S.S. Karékine I: «Bethléem, source du pain spirituel, «Et toi, Bethléem, terre de Juda.... car c’est de toi que sortira le prince qui fera paître Israël, mon peuple» (St Matthieu 11-6). Aujourd’hui, jour de la fête de la nativité du Christ, nous saluons une fois de plus ce Prince, pour le 1998è anniversaire de Sa naissance. Prince! Quelles sont les règles principales de cette autorité? Ces règles sont résumées en deux mots qui furent prononcés par les anges, messagers célestes, porteurs de la bonne nouvelle de la venue du Prince au moment de Sa naissance: «Paix sur la terre, Concorde parmi les hommes». Deux messages, deux bienfaits bénis, apportés à l’humanité de la part de Celui qui est éternellement glorifié, «gloire à Dieu au plus haut des Cieux» qui exprime ainsi sa gloire en se rendant semblable à notre nature humaine: «mais il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes» (Philippe 11-7). Ce Prince venait de Bethléem, nom qui signifie: «Maison du pain». Le monde avait non seulement besoin du pain matériel produit par la terre, mais aussi de ce pain d’en haut qui vient du Créateur de la terre et du ciel. Le pain matériel est le don de la terre, acquis par le labeur des hommes. Ce pain que ce Prince apporta du ciel à Bethléem et qui s’offre toujours aux générations de tous les temps, a plusieurs sens qualificatifs: amour, foi, espérance, paix, allégresse, fraternité, solidarité, communion et union. Pour nous, êtres humains, la principale question est celle-ci: Pouvons-nous concevoir véritablement la vie humaine sans ce pain qui a tant de noms? Naturellement, notre pain quotidien et matériel est, sans hésitation, essentiel, important et indispensable à notre existence. C’est ce Prince lui-même, venu de Bethléem («maison du pain») qui, enseignant l’art de prier à ses disciples, leur conseilla et suggéra de dire: «donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour» (St Matthieu VI-11). Mais n’était-ce pas ce même Prince qui, durant ses trois années de ministère comme Maître, dit, si clairement et si précisément: «C’est moi qui suis le pain de vie» (St Jean VI-35)? N’était-ce pas ce même Prince qui nous enseigna encore, que: «ce n’est pas seulement de pain (matériel) que l’homme vivra» (St Matthieu IV-4)? Lorsque nous essayons d’interpréter «les signes des Temps», nous ne pouvons pas avoir le moindre doute sur la nécessité de ce pain spirituel, encore plus importante en ces temps présents, en particulier pour la jeune génération. Cette faim est si profonde et si immédiate que beaucoup de gens, pour la satisfaire, explorent des sources qu’ils ne trouvent pas au sein des Eglises traditionnelles. Aujourd’hui, c’est le jour de la Nativité. Le nom de Bethléem est souvent présent dans nos pensées et sur nos lèvres, notamment chez les tendres enfants de la jeune génération. Alors que nous approchons du 2000è anniversaire, nous prions et espérons que ce nom deviendra très sérieusement le centre de notre attention et de nos préoccupations. Nous ne pouvons pas le laisser dans la représentation de la crèche traditionnelle comme nous avons l’habitude de la voir dans nos églises, nos logements individuels et dans les figurations si banalisées des commerces et des lieux publics. Par conséquent, venez observer Bethléem qui est, comme son nom l’indique: «Maison du pain». Agissons ensemble, main dans la main, pour partager ce pain pétri et cuit, comme il est dit, par l’Incarnation et la Mission de notre Seigneur Jésus Christ, et qu’il a confié à son Eglise. Ce pain sera plus abondant, meilleur et plus bénéfique, lorsque nous saurons le partager, particulièrement avec ceux qui en ont le besoin le plus pressant. Notre devoir est clairement tracé: mettre en action tous nos plus grands efforts humains pour présenter ce pain, avec sa fraîcheur originelle, à la population. Il est naturellement bon et toujours frais dans son essence, tel qu’il nous a été donné en tant que «levain», par l’action et la personne du Christ. Mais nous sommes souvent tentés de le présenter d’une manière telle, qu’il est figuré et conditionné par des éléments historiques et traditionnels qui réduisent sa fraîcheur. Nous sommes appelés à retrouver personnellement notre fraîcheur avec lui, dans son acceptation et dans notre service. C’est la deuxième année que je célèbre moi-même la nativité et l’Epiphanie de Notre Seigneur, ici à Saint Ethchmiadzine où, il y a 1700 ans, le christianisme a été proclamé religion d’Etat de notre nation arménienne. Dans un certain sens, nous avons l’habitude de dire parfois, que Saint Etchmiadzine est le «Bethléem arménien» où notre nation renaquit chrétienne. Au cours de ces trois dernières années nous avons été témoin du besoin spirituel de notre peuple qui doit, d’une manière pressante, renforcer sa foi chrétienne dans sa nouvelle vie, une vie libre, dans cette période d’indépendance de notre République. Pain matériel et pain spirituel Nous sommes tous soumis à la tentation du règne du pain matériel. Souvent, les tendances de vie purement mondaine, idolâtre, charnelle, d’abandon au plaisir, qu’elles soient modernes ou même, selon certains, post-modernes ou supra-modernes, ont une forte influence et occupent une place importante et dominante dans notre vie actuelle. En Arménie, dans la vie présente de réveil spirituel de notre peuple, nous sommes dans l’obligation de trouver le moyen d’harmoniser le pain matériel avec le pain spirituel. Si aujourd’hui, nous manquons à ce devoir essentiel, notre action deviendra plus difficile dans l’avenir. Nous devons agir vite et en force. Notre Eglise Arménienne est, en quelque sorte, le «levain» de ce pain spirituel enrichi par l’expérience et l’esprit de la tradition de nos ancêtres. Aujourd’hui, c’est le rafraîchissement de ce pain qui est la mission première du Saint Siège d’Etchmiadzine. En ce matin de Noël, nous lançons un appel à notre peuple d’Arménie, d’Artsakh et de la Diaspora, afin qu’ils raffinent leur goût pour ce pain spirituel qui nous est offert par le Bethléem biblique ainsi que par notre Bethléem national, notre sainte Eglise du Saint Siège d’Etchmiadzine. Venez, ne manquons pas cette merveilleuse occasion offerte par l’intermédiaire du mystère de la Nativité de notre Seigneur Jésus Christ pour rafraîchir notre goût pour ce pain spirituel qui offrira pureté et valeur à notre vie chrétienne et sèmera le bonheur dans notre peuple qui en a été si souvent privé à cause des vicissitudes douloureuses et amères de notre histoire. Nous nous trouvons placés aujourd’hui devant des impératifs inéluctables, tant en Arménie qu’en Artsakh. vous savez tous que nous vivons dans des conditions très difficiles. Il est temps d’agir plus que de parler et d’œuvrer main dans la main, cœur avec cœur, en appliquant nos efforts en union et en harmonie. Ce n’est ni avec des paroles ni avec des textes que s’écrit l’histoire, mais avec l’encre de l’action, de la sueur, du sacrifice personnel, de la participation positive et de l’abnégation. Sachons distinguer l’essentiel du secondaire, le général du particulier, l’éternel du temporaire. Nous faisons appel aussi à nos églises sœurs, à mes frères et sœurs qui se dévouent dans les organisations de la restauration de l’unité de l’Eglise, (au mouvement œcuménique) afin qu’ils nous aident, grâce à des modalités d’action fraternelle, à renforcer nos moyens dans nos efforts pour partager ce pain spirituel avec le peuple arménien et tout particulièrement en Arménie, bien que, dans la conscience de ce peuple, ce goût n’ait jamais été perdu, mais a besoin d’être rénové, rafraîchi et rendu plus abondant dans les conditions difficiles de sa vie d’aujourd’hui. Mon plus profond désir et, il en est de même, je le crois, pour tous mes frères et sœurs dans les églises chrétiennes, est de voir à l’approche du 2000è anniversaire de la naissance de notre Seigneur, le renforcement en nous, de notre solidarité sur le long chemin de notre recherche vers l’unité chrétienne, unité qui nous a été donnée, deux mille ans plus tôt, dans la «maison du pain» de Bethléem. Nous prions de tout cœur pour que la célébration de la Nativité de cette année, rafraîchisse pour tous les hommes, le pain que nous partageons ensemble en la personne de notre Seigneur Jésus Christ, né à Bethléem. Que Dieu vous garde, renforcé par la grâce du Saint-Esprit et béni pour l’éternité, Amen.
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