Après l’attentat de Louxor, le président égyptien Hosni Moubarak vient de s’opposer à tout dialogue avec les islamistes, et a fait pour la première fois appel à l’armée dans la lutte contre les groupes extrémistes.
«L’Egypte offre l’exemple le plus éloquent d’un pouvoir qui n’assume pas la réalité politique de sa société», souligne l’ouvrage «Les Etats arabes face à la contestation islamiste», publiée par l’Ifri (Institut français des relations internationales).
Ainsi, «le mouvement des Frères musulmans, interdit depuis les années 50, constitue une force politique majeure qui a joué un rôle central dans l’histoire du pays tout au long de ce siècle (...) et qui serait sans doute d’un grand secours pour isoler les extrémistes si elle était reconnue formellement comme acteur de la vie politique», estime cette étude.
Réalisé sous la direction de Bassma Kodmani-Darwish, maître de recherche et responsable des études arabes à l’Ifri, l’ouvrage regroupe des enquêtes effectuées dans dix pays arabes (Algérie, Arabie Séoudite, Egypte, Jordanie, Liban, Maroc, Palestine, Syrie, Tunisie, Yémen).
«L’accession au pouvoir d’un régime islamo-militaire au Soudan a constitué pour le pouvoir égyptien un épouvantail qui a sans doute contribué à sa crispation sur une politique quasi exclusivement sécuritaire à l’égard des mouvements islamistes», écrit Bassma Kodmani-Darwish dans son introduction.
«Mais c’est surtout le spectre de l’Algérie qui pèse sur les comportements», ajoute-t-elle.
«L’aggravation de la situation algérienne eut un impact décisif sur la politique du régime à l’égard des Ikhwan (les Frères musulmans). Elle évolua de l’intégration à l’exclusion, et de l’endiguement à la confrontation. Ce revirement fut approuvé par les partis de l’opposition officielle et par certains intellectuels laïcs», écrit Wahid Abdel Méguid, auteur de l’étude sur l’Egypte et maître de recherche au Al-Ahram Center for political and strategic studies.
Au début des années 90, «l’étau se ressera sur les Frères, accusés par le Pouvoir de soutenir le terrorisme», ce qui les poussa, pour la première fois, à expliquer clairement leur position sur la violence, selon l’auteur.
«En février 1994 et mars 1995, les Ikhwan publièrent deux documents révélant une prise de position sans précédent en faveur de la démocratie», souligne-t-il.
«Cependant, affirme M. Abdel Méguid, l’impact de la crise algérienne avait été tel que l’évolution qualitative des Frères musulmans n’a guère été prise en compte par le régime».
L’étude montre également le rôle ambigu du pouvoir vis-à-vis d’associations islamistes représentant le courant important des «salafistes» (premier courant religieux de l’Egypte moderne, qui prône l’islam des pères vertueux, et qui est influencé par le wahhabisme de l’Arabie Séoudite). (AFP)

