Malgré son importance numérique, cette communauté qui représente la deuxième religion de France, ne dispose toujours pas en effet d’instance représentative.
Pour connaître lors de la «nuit du doute» la date précise du début de ce 1.418e ramadan en fonction de l’apparition de la nouvelle lune, chacun suivra les consignes de son pays d’origine, de la radio ou la télévision qu’il a coutume d’écouter ou de l’association à laquelle il appartient.
Les coïncidences du calendrier lunaire et du canlendrier civil font que, cette année, les traditionnelles cérémonies de vœux à l’Elysée auront lieu dans les premiers jours du ramadan. De nombreux musulmans noteront avec amertume qu’une fois encore aucun représentant de l’islam ne sera invité par le président de la République aux côtés de l’archevêque de Paris, du grand rabbin de France et du président de la fédération protestante.
Cette absence ne signifie pas un ostracisme vis-à-vis de la deuxième religion du pays, fait-on valoir à l’Elysée, mais reflète simplement le fait que l’islam n’a pas de représentant reconnu par l’ensemble de la communauté.
Chevènement
interventionniste
Le ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement, en charge des cultes, a lancé récemment un appel aux musulmans pour leur demander de l’«aider à poser les bases de relations normales qui doivent s’établir entre l’Etat et l’islam de France».
Lors d’un discours sur le thème de la laïcité à la française prononcé à l’occasion de l’ordination du nouvel archevêque de Strasbourg, le 23 novembre, M. Chevènement a souligné que ce n’était pas «le rôle de l’Etat» d’imposer «un interlocuteur légitime, ou du moins considéré comme tel, par le plus grand nombre». «Il agréera ceux qui lui seront proposés», a-t-il ajouté.
Echaudé par l’échec du CORIF (conseil de réflexion sur l’islam en France) créé par le socialiste Pierre Joxe en 1990, le ministre veut cependant rompre avec le non-interventionnisme de son prédécesseur gaulliste Jean-Louis Debré. Dans son discours de Strasbourg, il a lancé deux pistes d’action: création d’un institut universitaire d’enseignement et de recherche sur l’islam et aide, sous des formes à déterminer, à la construction de lieux de culte décents.
Mais des municipalités n’ont pas attendu pour trouver des solutions compatibles avec les lois de séparation des Eglises et de l’Etat: ainsi Montpellier vient d’inaugurer une troisième mosquée, propriété de la ville, confiée en gérance à une association musulmane.
Malgré les «affaires de foulards» interdits dans les écoles et «réseaux islamistes» accusés de soutien aux terroristes, l’islam s’intègre durablement dans le paysage français: carrés musulmans dans les cimetières municipaux, repas «halal» proposés aux musulmans à l’armée, dans les hôpitaux et les cantines scolaires, aide des pouvoirs publics à l’organisation de l’abattage rituel lors de l’Aïd el-Kebir.
Enfin, prenant leurs distances avec les Etats et les autorités religieuses de leur pays d’origine, de plus en plus de musulmans — dont d’ailleurs la moitié sont Français — veulent inscrire leur foi et leur pratique religieuse dans le cadre de la laïcité et travailler à un «islam de France». (AFP)

