Manille signait le 2 septembre 1996, dans la petite île de Jolo à majorité islamique, un accord de paix avec le principal mouvement séparatiste musulman, le Front moro de libération nationale (MNLF), pour mettre fin à une guerre qui avait dévasté pendant 24 années la grande île de Mindanao, faisant plus de 50.000 victimes.
Le MNLF disposait de 15.000 hommes environ sur le terrain. L’accord, conclu avec le soutien de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), qui organise un sommet du 9 au 11 décembre à Téhéran, n’englobait pas deux autres mouvements séparatistes musulmans, le Front moro islamique de libération (Milf) et le mouvement extrémiste Abu Sayyaf, qui continuent tous deux de faire régner l’insécurité dans le sud.
Le Milf compte 10.000 hommes en armes, plusieurs camps d’entraînement, et Abu Sayyaf quelques centaines d’hommes.
Les actions terroristes qu’ils ont menées cette année découragent les investisseurs étrangers à s’engager avec vigueur dans le sud ainsi que l’espéraient les signataires du traité de paix.
Le groupe Abu Sayyaf détient depuis 80 jours un homme d’affaires allemand, Robert Buehs, enlevé dans la ville de Zamboanga pour une rançon de 150.000 dollars.
Entre autonomie
et indépendance
Ce mois-ci, deux prêtres catholiques étrangers ont été enlevés puis libérés sains et saufs, l’un de nationalité irlandaise victime des hommes du Milf, et le second de nationalité belge tombé aux mains d’anciens combattants du MNLF.
Le traité de paix de 1996, signé avec l’ancien président du MNLF Nur Misuari, lui-même ancien chef de la guérilla séparatiste, prévoit la tenue d’un référendum après trois ans d’administration musulmane dans le sud dont la population à majorité catholique pourra ainsi accepter ou refuser de se constituer en une «région autonome musulmane» élargie.
Seules quatre provinces, parmi les plus pauvres, forment actuellement un embryon de zone autonome musulmane dont Nur Misuari est le gouverneur.
Le sud des Philippines est considéré par les musulmans philippins comme leur terre ancestrale dont ils ont été chassés d’abord lors de l’occupation espagnole, puis ensuite lors de la période d’administration américaine.
Les musulmans philippins représentent 8 millions de personnes sur une population totale de 65 millions.
Une longue période de résistance islamique avait commencé sous les occupations espagnole puis américaine, bien avant le guerre moderne lancée au début des années 70 par le MNLF.
Le MNLF a accepté par l’accord de 1996 la constitution d’une zone jouissant d’un simple statut d’«autonomie». Le Milf exige la création d’une zone entièrement indépendante.
Cet objectif est aussi celui du mouvement Abu Sayyaf responsable en avril 95 du massacre de plus de 50 habitants d’un petit village chrétien, Ipil. (AFP)

