«En termes politiques, les pays peuvent souhaiter l’existence d’une forte présence locale dans le système bancaire qui serait plus sensible aux aspirations nationales et les soutiendrait dans les bons comme dans les mauvais jours», indique ce document présenté lundi à la réunion des ministres des Finances de l’ASEAN à Kuala Lumpur.
«De ce fait, en entreprenant la réforme financière, les pays souhaiteraient s’assurer que leurs propres institutions ne soient pas marginalisées», explique ce texte. Le document traite des «mécanismes de sauvegarde» face à «la libéralisation des services financiers dans les pays en développement», dans le contexte des négociations en cours à l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
La crise monétaire déclenchée cet été par la dévaluation du baht thaïlandais a fait apparaître au grand jour dans bon nombre de pays asiatiques la situation financière catastrophique du système bancaire.
De l’Indonésie à la Corée du Sud, sans compter le Japon et la Chine, les banques ploient sous les mauvaises créances, produits de l’éclatement des bulles spéculatives ou de politiques de surinvestissement.
Et dans les programmes d’ajustement imposés aux pays qui ont fait appel au Fonds monétaire international (Thaïlande, Indonésie, Corée du Sud), le nettoyage et l’ouverture du système bancaire apparaissent comme un élément clef. C’est une des clauses que le premier ministre de Malaisie, Mahathir Mohamad, a critiquées pour refuser «autant que possible» un appel au FMI.
«Dès que vous ouvrez le marché financier, ces banques étrangères entrent et achètent les banques locales… et nous ne pouvons plus conduire de changements politiques», avait dit M. Mahathir, cité vendredi par l’agence Bernama.
Les exemples du Mexique ou de l’Argentine, après la crise du peso mexicain en 1994-95, attestent que l’assainissement du système bancaire a en effet conduit à une augmentation très significative de la présence des banques étrangères, dans un climat de concurrence renforcée.
Mais l’expérience prouve aussi que l’apport par les institutions étrangères de capital et de technologies avancées profite à l’ensemble du système bancaire, y compris aux institutions nationales saines ayant survécu à la crise.
Cependant, les exemples récents de la Thaïlande et de l’Indonésie soulignent que le dossier est politiquement très sensible, en raison des liens entre l’oligarchie politico-financière de nombreux pays émergents et les banques, ont remarqué les économistes.
En Thaïlande, le sort à réserver aux 52 compagnies financières insolvables était le point le plus difficile dans la négociation avec le FMI, provoquant même indirectement la chute du précédent gouvernement. Et la nouvelle équipe au pouvoir a le plus grand mal à pratiquer la «chirurgie lourde» recommandée par l’institution multilatérale. En Indonésie, la fermeture de banques liées au clan familial du président Suharto a joué un rôle déterminant pour la crédibilité du programme d’ajustement.
De fait, reconnaissent les experts, «pour les pays de l’ASEAN, la question n’est pas de savoir s’il faut réformer, mais comment et à quel rythme, tout en préservant la stabilité financière». (AFP)

