«Il y a d’autres réserves de loups, mais il n’y a personne au monde qui, comme moi, soit un homme-loup», affirme cet ancien adjudant de la Bundeswehr (armée allemande) de 67 ans, avant de pénétrer dans un enclos en pleine forêt où l’attendent, impatients, six loups d’Arctique au poil blanc.
«L’homme-loup» s’asseoit parmi les siens, sur une souche. En une fraction de seconde, il est submergé par l’affection des fauves qui le mordillent, lui lèchent le visage, s’affrontent en montrant les crocs et en grondant pour bénéficier de la première caresse du visiteur.
Ancien explorateur, Werner Freund a acclimaté, depuis un quart de siècle, 245 loups blancs, gris et bruns venus du Pôle nord, d’Europe, des Indes et du Kazakhstan, aux alentours de Merzig, une grosse bourgade de quelque 31.000 habitants, sur les bords de la Sarre, près de la frontière française.
«Je les ai regroupés par origine géographique dans des enclos distincts qui représentent ensemble 4 hectares», explique l’homme-loup. On entre dans chaque enclos par un vestiaire: «Pour chaque groupe, j’enfile une tenue spécifique, un vieux treillis militaire, imprégnée de son odeur».
Barbu et trapu, Werner Freund ne se sépare de son Havane que pour entrer dans les enclos, privilège réservé à lui seul, «pas tellement à cause du danger, mais plutôt pour protéger le mode de vie entre loups».
«Parmi eux, je ne suis pas le chef, mais je suis respecté comme une sorte de «loup d’honneur», explique-t-il. Pas si bêtes, les loups savent bien que, chaque jour, c’est leur compagnon à deux pattes qui leur apporte à manger.
Grâce aux paysans des environs et aux autorités, Werner Freund va quotidiennement à la chasse, avec pour seule arme une vieille fourgonnette, embarquant ça et là «un veau mort-né, à condition qu’il soit sain, un cerf ou un sanglier renversé par une voiture. C’est la moitié de mon travail: chaque loup mange plusieurs kilogrammes de viande fraîche par jour».
Werner Freund est aussi accepté par les loups parce qu’il vit selon leurs lois: ami de Konrad Lorenz — spécialiste d’éthologie (science comparée du comportement animal et humain) et prix Nobel décédé en 1989 — il dispute en grondant à ses pensionnaires les pièces de viande crue qu’il leur apporte, parfois entre ses dents. Et quand le cœur lui en dit, il hurle avec eux, même s’il assure qu’en fait, il «chante», dans un chœur insolite que l’on entend à plusieurs kilomètres à la ronde.
«Quand un loup m’enserre le cou avec sa gueule, manière pour lui de contester l’ordre établi et la hiérarchie, je réagis immédiatement en le mordant à mon tour. A chaque fois, il lâche prise et se soumet», assure-t-il.
Les plus jeunes des pensionnaires de Werner Freund sont nés à Merzig et, dans sa maison de bois à l’orée de la forêt, une chambre est même prévue pour eux. Durant leurs premières semaines d’existence, ils passeront leurs nuits avec le maître des lieux, afin que sa présence leur soit familière.
Erika — Madame Freund — trouve cela «normal»: «Après tout, Werner est vraiment devenu un loup». Elle, admise de temps à autre dans le sanctuaire des enclos, s’occupe surtout de la gestion des lieux et «des dizaines de milliers de visiteurs qui viennent chaque année d’Allemagne, de France ou de Belgique mais aussi d’ailleurs», assurant le revenu familial.
De fait, la municipalité de Merzig, «la ville des loups», voit d’un bon œil cette notoriété qui vaut bien de laisser gratuitement aux bêtes de Werner Freund quelques hectares de forêt. «Grâce à eux, nous sommes connus dans toute l’Europe et nous avons même des visiteurs qui viennent de Russie et du Japon», explique un responsable municipal, Kurt Petry.
Connu… comme le loup blanc chez les spécialistes du monde entier, Werner Freund ne voyage plus, sauf une fois l’an, en Kirghizie, à Karakolka, une ville proche de la frontière chinoise, dont il est citoyen d’honneur. Là, il rend visite à d’autres loups, en totale liberté, en espérant qu’un jour les loups, «qui ne sont pas dangereux, soient réintroduits en Allemagne et en Europe». (AFP)


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