Chargée de contrôler la gestion des fonds publics, la Cour publie chaque année un rapport qui, à défaut d’être toujours suivi d’effets, révèle l’incurie financière de castes politico-administratives françaises.
Parmi les cas retenus cette année, l’affaire de l’ENA, le projet avorté d’un centre international de conférence à Paris ou encore les aides-bidon aux agriculteurs corses sont des modèles du gaspillage à la française.
C’est en 1991 qu’est décidé le transfert de l’Ecole nationale d’administration (ENA), institution aussi incontournable que controversée, de Paris à Strasbourg (est de la France).
Annoncée comme «une opération exemplaire» de délocalisation, celle-ci a tourné au gâchis, avec un surcoût de 70%, une hausse de 50% des frais de fonctionnement, et une sous utilisation des locaux, selon la Cour des comptes.
Etalée sur quatre ans au lieu de 15 mois dans une stupéfiante méconnaissance des procédures, elle aboutira au partage de l’ENA (six mois à Paris, six mois à Strasbourg), ce qui en «perturbe gravement» la gestion et le fonctionnement.
Parmi les 5.000 élèves sortis de cette école, voie royale des pouvoirs politique, administratif et économique, figurent notamment le président Jacques Chirac et le premier ministre Lionel Jospin.
Un exemple tout aussi absurde et ruineux révélé par la Cour est le projet de création d’un grand Centre de conférences internationales à Paris, lancé en 1989 et abandonné en mai 1995.
Il s’agissait de réaliser à Paris «un centre moderne, capable d’accueillir des manifestations réunissant un nombre de délégations équivalant à celui des membres» de l’ONU.
Des abus manifestes
Résultat: pour 380 millions de francs d’argent public dépensé (65 millions USD), il ne reste que «des cartons d’archives, d’imposants rouleaux de plans inutiles et quelques maquettes poussiéreuses», souligne la Cour.
Le projet devait être réalisé sur des terrains occupés par des services de l’administration centrale des Finances situés Quai Branly, sur la rive gauche de la Seine, près de la tour Eiffel.
Mais il s’est heurté à l’hostilité des riverains et a provoqué un conflit entre l’Etat et les autorités municipales, relève la Cour des comptes. L’établissement public chargé de le réaliser a été finalement dissous.
Parmi les autres gabegies retenues figurent les aides massives aux agriculteurs soi-disant «surendettés» de Corse, île méditerranéenne où la corruption et l’évasion fiscale sont notoires.
En moins de trois décennies, l’Etat a accordé douze dispositifs d’aide aux agriculteurs corses, et l’aide moyenne a atteint 261.000 FF (32.000 USD) par exploitation, soit dix fois plus que pour les autres régions de France.
Le contrôle de l’emploi des fonds a été exercé «avec une modération toute particulière» et l’enquête de la Cour des comptes a permis de mettre en évidence des «abus manifestes».
Déjà dévoilés en partie, et sanctionnés en partie, les contrats passés par France Télévision, qui coiffe les chaînes publiques de télévision, avec des animateurs-producteurs sont décortiqués par la Cour.
Les écarts entre le coût estimé des émissions et le prix payé par la chaîne sont parfois gigantesques. L’émission «Les enfants de la télé» a ainsi été facturée 460% le prix estimé par les experts.
Une demi-douzaine de sociétés de production de divertissement qui trustent l’antenne ont ainsi pu réaliser pour l’année 1995 des marges — de 46% à 25% — à faire pâlir de jalousie la plupart des entreprises. (AFP)

