Le réchauffement actuel, estime le Pr Wallace Broecker dans une étude publiée dans la revue «Science», pourrait dérégler le système fragile qui permet à l’heure actuelle d’avoir un climat tempéré dans la région nord-Atlantique.
Si c’était le cas, les températures hivernales dans cette zone pourraient baisser de plus de 11 degrés Celsius et atteindre à Dublin un froid comparable à celui qui règne à l’heure actuelle au Spitzberg, à un millier de kilomètres au nord du cercle arctique. «Les conséquences seraient catastrophiques», selon lui.
Le climat de la planète, note le Pr Broecker, de l’Observatoire de la Terre Lamont-Doherty de l’université de Columbia à Palisades (New York), dépend des grands courants océaniques, dont le Gulf Stream, qui répartissent chaleur et humidité autour du globe.
Or leur circulation dépend d’un équilibre très délicat et elle a déjà changé à plusieurs reprises dans l’histoire de la Terre, provoquant des changements de température radicaux sur de très courtes échéances, comme en témoignent des observations faites au Groënland.
Cette circulation des courants océaniques est principalement actionnée par les eaux de l’Atlantique nord qui, froides et très salées, descendent au fond et entrent en mouvement vers l’Afrique et l’Antarctique avant de remonter dans le Pacifique et l’Océan indien.
Toutefois, un réchauffement de la planète risque de faire fondre les glaciers et les glaces de l’océan Arctique, ou encore d’accroître les précipitations. La salinité des eaux de l’Atlantique nord diminuerait alors et elles ne plongeraient plus comme actuellement, perturbant donc l’ensemble des courants océaniques.
En particulier, les eaux du Gulf Stream ne réchaufferaient plus les masses d’air venant de l’Arctique et «l’Europe entrerait dans une période de grand froid», note le Pr Broecker.
De tels changements brusques se sont déjà produits à plusieurs reprises à des époques reculées, selon des sédiments recueillis au Groënland, notamment il y a 8.000 ans alors que les conditions climatiques étaient les mêmes qu’à l’heure actuelle, sinon plus chaudes. (AFP)

