Dans cette ville touristique du sud du pays, quelques étrangers hantent les hôtels, les rues et les échoppes, une semaine après le massacre de 58 vacanciers étrangers par les islamistes à Louxor.
Des femmes nubiennes, vêtues de noir, sont assises alignées sur la rive du Nil, la tête dans les mains, aussi silencieuses que lors d’un enterrement.
«Nous attendons que nos maris trouvent un client pour leurs felouques et ramènent de l’argent. Avec les quelques billets que l’un d’eux ramènera, nous ferons manger autant de personnes que possible, car nous sommes tous dans la même galère», affirme Massouda Hussein.
Les felouques, fiacres et taxis sont aujourd’hui immobiles, tout comme les bateaux de croisière.
«Lorsque les felouquiers ont appris que notre bateau était arrivé, ils se sont amassés près de lui, cherchant des clients pour les promener sur le Nil», affirme le directeur de l’hôtel flottant Sonesta Sun Goddess.
«Nous sommes les seuls à avoir 230 passagers contre 5 à 6 pour nos collègues», ajoute-t-il.
«Nous avons appris la nouvelle de l’attentat alors que nous nous apprêtions à en embarquer à l’aéroport d’Orly, près de Paris. Certains voulaient annuler», affirme M. Jean Guenault, PDG d’une compagnie de papiers peints de l’ouest de la France, qui avait décidé d’offrir ce voyage à ses meilleurs clients.
«Nous nous sentons parfaitement en sécurité ici, mais j’ai annulé la visite du temple d’Hatchepsout, site de l’attentat, car il est inutile de susciter des émotions», ajoute-t-il.
«Nous avons un peu peur quand nous nous approchons des collines, mais l’hospitalité et l’amabilité des habitants nous rassurent immédiatement», affirme une touriste française, Mme Nadège Rabier.
Recyclage temporaire
En attendant, plusieurs guides ou agents de voyage pensent à se recycler temporairement jusqu’à ce que la crise passe. Certains envisagent de s’expatrier au Maroc ou à Dubaï, dans les Emirats arabes unis.
«Je gagnais au minimum 10.000 livres égyptiennes (3.000 dollars) par mois, et j’envisageais d’avoir un autre enfant, mais maintenant tout est fini et j’ai peur de ne même pas pouvoir nourrir mon seul fils», déclare Fahmi Rached, un guide de 30 ans.
«Le malheur touche tout le monde, du propriétaire d’un grand hôtel qui va devoir licencier son personnel au petit garçon qui vendait des colliers de perles fabriqués par sa sœur pour se nourrir», ajoute-t-il.
Le propriétaire d’un bus de tourisme gémit devant les traites d’un million de livres (300.000 dollars) qu’il doit régler pour l’achat de son véhicule.
«Avec la saison qui s’annonçait exceptionnelle, j’aurais pu rembourser ma dette en deux à trois ans. Maintenant je suis ruiné», affirme-t-il.
Le nombre de touristes en Egypte devait atteindre 4 millions, dont un million devaient venir à Assouan.
«Ces pronostics optimistes ont encouragé la majorité des gens de la ville à placer leurs économies dans les projets touristiques et à emprunter. Pour nous, l’avenir est noir», affirme M. Medhat Chalabi, propriétaire d’un bazar.
Le guide, Khaled Rachidi, regarde avec tristesse le Musée nubien inauguré dimanche par le président Hosni Moubarak. «Malheureusement, ce beau musée restera vide. Personne ne viendra le voir à part les élèves des écoles d’Assouan», dit-il. (AFP)

