Après vingt mois de crise, pendant lesquels tout était seulement «probable» et «hypothétique» — la contamination, son origine, ses effets —, les experts britanniques viennent finalement d’apporter la preuve, dans la revue «Nature», que la forme nouvelle de cette maladie est «identique» à l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), la «maladie de la vache folle».
La nouvelle forme de maladie de Creutzfeldt-Jacob «est» la version humaine de la maladie de la vache folle, soulignent-ils.
Au vu des résultats de leurs travaux, les scientifiques estiment «hautement probable» que «les humains atteints de nouvelle forme de MCJ l’ont contractée en consommant du bœuf, lui-même atteint de la maladie de la vache folle».
Pour le reste, ils demeurent dans l’incertitude: «Nous ne savons pas exactement l’ampleur que prendra l’épidémie parce que le temps d’incubation de la maladie peut être très long, 12 ans, 15 ans ou plus», a indiqué le Dr James Ironside, un des auteurs de l’article.
Le chercheur a toutefois «espéré que la barrière entre espèces joue son rôle et sera capable d’empêcher» le passage massif de la maladie des bovins aux humains.
Actuellement, a-t-il souligné, les cas de nouvelle maladie de Creutzfeldt-Jakob apparaissent à un «rythme lent, mais constant». «A ce jour, a-t-il ajouté, 21 cas ont été recensés en Grande-Bretagne et un en France. Presque tous les malades sont morts».
Après la mise en évidence de l’identité commune des deux maladies, animale et humaine, bien des questions restent encore en suspens.
En effet, le faible nombre de personnes touchées, comparé aux millions de personnes qui ont probablement mangé de la viande contaminée en Grande-Bretagne, a de quoi laisser perplexe.
Les abats en cause
«Nous n’avons encore aucune idée de la quantité d’aliment qu’il faut absorber pour contracter la maladie (ce que les spécialistes appellent la dose infectante), du type d’aliment en cause (les abats probablement et non le muscle, c’est-à-dire la viande), de la manière dont le prion, l’agent infectieux passe de l’estomac au cerveau», énumère le Dr Ironside.
Selon ce dernier, aucun point commun autre que la consommation de bœuf n’a pu être mis en lumière chez les personnes touchées par la nouvelle forme de MCJ, dans leur mode de vie, leur habitat ou leur métier, qui va d’employé de ferme à pasteur.
Ce constat incite le Dr Ironside à penser qu’il pourrait exister «des facteurs de risques individuels» expliquant la plus grande susceptibilité de certaines personnes à la maladie.
D’après une précédente étude publiée par «Nature», «il est impossible d’écarter l’éventualité d’une épidémie de grande ampleur».
Selon le Pr Peter Smith, du département d’épidémiologie de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, si le nombre de cas déclarés reste globalement stable, ou inférieur à 20, pour chacune des trois prochaines années, l’ampleur totale de l’épidémie pourrait n’être que de quelques centaines de cas, voire moins.
En revanche, si le nombre de cas déclarés, chacune des trois prochaines années, atteint ou dépasse 25, alors l’épidémie pourrait atteindre plusieurs milliers de cas.
Leur estimation la plus pessimiste qui se fonde notamment sur une incubation de vingt-cinq ans, prévoit un total de 80.000 personnes infectées par la nouvelle MCJ en Grande-Bretagne. (AFP)


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