Le vieil ayatollah fait depuis plusieurs jours l’objet de manifestations quotidiennes pour avoir mis en cause la toute-puissance de la fonction qu’il s’apprêtait à occuper, celle de Guide de la République islamique, détenue aujourd’hui par l’ayatollah Ali Khamenei.
Les locaux de son école coranique dans la ville sainte de Qom (125 km au sud de Téhéran) ont été mis à sac, et ceux dans l’autre grande ville de pèlerinage chiite, Machhad (est), fermés.
Aujourd’hui, ce religieux formé dans les meilleures écoles religieuses, hospitalisé en 1993 pour une maladie des reins, risque d’être traduit devant le Tribunal spécial du clergé (TSC).
M. Montazéri n’est pratiquement pas apparu en public depuis sa disgrâce en 1989, peu avant la mort de l’imam Khomeiny, alors qu’il critiquait de plus en plus ouvertement les orientations du régime.
Renvoyé à ses études coraniques dans la ville sainte de Qom, il fait depuis plus de huit ans l’objet d’un lourd ostracisme officiel et est régulièrement soumis à des tracasseries policières.
Il n’en a pas moins continué à exercer un ascendant certain sur une partie de la classe politique, religieuse et intellectuelle, principalement dans les milieux dits «radicaux» et chez les modérés qui soutiennent le nouveau président Mohammad Khatami.
La troisième législature parlementaire (1988-92), dominée par les radicaux, comptait ainsi quelque 80 «montazérites» déclarés sur 270 parlementaires, selon un ancien député radical, Morteza Alviri.
Un «naïf»
Les dernières images de lui montrent un homme à la silhouette ronde et à la barbe poivre et sel, le regard caché derrière d’épaisses lunettes. Né en 1922 dans une famille d’agriculteurs de la région d’Ispahan (centre), il est resté imprégné de culture rurale.
Réputé pour son humour et son franc parler, plus à l’aise pour raconter des anecdotes que pour les grandes envolées idéologiques, ses adversaires ne manquent pas de le qualifier de «naïf», un quolibet largement repris dans la campagne actuelle.
Elève de l’ayatollah Rouhollah Khomeiny à Qom dès l’âge de 17 ans, il entre dans la lutte politique contre le régime impérial du Chah en 1963. Arrêté plusieurs fois et torturé, il s’exile en France en 1975.
En 1979, l’année de la révolution, il accède rapidement à la fonction influente de responsable de la prière du vendredi à Téhéran. L’année suivante, il se retire en semi-retraite à Qom, dans une maison voisine de celle de Khomeiny qui le destine aux plus hautes fonctions.
La consécration vient en 1982 avec sa désignation par l’Assemblée des experts, un collège religieux chargé de choisir le successeur du Guide, comme dauphin de Khomeiny.
Mais alors que la fonction suprême semble à portée de main, l’ayatollah Montazéri multiplie les critiques envers les orientations du régime, notamment la poursuite de la guerre contre l’Irak ou la répression politique et culturelle.
En janvier 1989, il va jusqu’à dénoncer «la monopolisation du pouvoir par certains groupes et le mépris du peuple et des valeurs de la révolution».
Disgrâcié par Khomeiny, il doit annoncer officiellement sa démission le 28 mars 1989. Cette mise à l’écart avait été précédée quelques mois plus tôt par l’exécution de 18 de ses proches.
Son retrait de la vie politique, suivi de la mort de Khomeiny le 4 juin de la même année, ouvre la voie à un nouveau partage du pouvoir.
Le 28 juillet 1989, Ali Akbar Hachémi-Rafsandjani, jusqu’alors président du Parlement, prend la présidence de la République, en remplacement d’Ali Khamenei. Ce dernier devient le mois suivant Guide, succédant ainsi officiellement à l’imam Khomeiny. (AFP)

