Agnès Pandy, 39 ans, a été réinterrogée lundi, après qu’elle eut avoué la semaine dernière avoir participé au meurtre de cinq des six membres de sa famille disparus entre 1986 et 1989.
«Nous confronterons Mme Pandy avec les faits dans les prochains jours», a dit lundi Hilde Vandevoorde, porte-parole du parquet de Bruxelles, lors d’une conférence de presse.
Le juge d’instruction Bruno Bulthé a toutefois décidé de ne la confronter avec son père, qui reste enfermé dans son mutisme, que lorsque «toute la clarté» aura été faite sur ces aveux passés après son arrestation dans la nuit de jeudi à vendredi.
Ces révélations ont plongé le pays, déjà traumatisé par l’affaire Dutroux, dans une stupéfaction mêlée de curiosité pour ce duo qui pourrait rejoindre les époux britanniques West et leurs 11 victimes au panthéon des couples infernaux.
Pour le quotidien belge «Le Soir», «Dracula et Raspoutine» sont mêlés dans ce dossier.
La fille du pasteur protestant belgo-hongrois était jusqu’à présent considérée comme une victime de cette sordide affaire.
Ce sont en effet ses déclarations qui, en 1992, avaient une première fois amené la justice belge à s’intéresser à son père.
Elle avait accusé Andras Pandy d’abuser d’elle et avait fait part de ses craintes à propos de la disparition de certains membres de la famille, mais l’affaire n’avait pas eu de suites.
Faute de pouvoir vérifier ces accusations, la police avait en effet classé l’affaire avant que celle-ci ne soit rouverte en septembre dernier, comme beaucoup d’enquêtes après le scandale des disparitions d’enfants victimes de pédophiles.
La police belge a eu le nez creux en la convoquant jeudi dernier à propos de l’étrange incident dont sa demi-sœur Timéa, qui aurait eu un enfant de son père, avait été victime en 1985: blessée à coups de masse, elle avait néanmoins survécu.
Déboucheur efficace
Apparemment déstabilisée, elle a avoué devant des enquêteurs incrédules avoir tué elle-même sa mère Illona Sores, première épouse d’Andras Pandy, et participé avec Andras Pandy aux assassinats de ses frères Daniel et Zoltan, de sa demi-sœur Andrea et de la seconde épouse de son père, Edith Fintor.
Deux d’entre eux ont été abattus à la masse et trois avec des armes à feu manipulées soit par le père, soit par la fille, tous ces crimes ayant été commis dans une seule des trois maisons du «pasteur» à Bruxelles, au Quai de l’Industrie.
Inculpée d’assassinat et de tentative d’assassinat en tant qu’auteur ou complice, elle dit ignorer le sort d’une de ses autres demi-sœur, Tunde, fille disparue d’Edith Fintor.
Les corps auraient ensuite été dépecés, les restes étant soit emballés dans des sacs-poubelles déposés dans le quartier des abattoirs d’Anderlecht, où les éboueurs sont habitués à enlever ce genre de déchets, soit dissous dans l’acide.
La bouillie qui subsistait était jetée aux égouts.
Les apprentis-chimistes n’ont pas cherché longtemps le produit, puisqu’ils ont utilisé un déboucheur de canalisations.
Les enquêteurs, qui avaient des doutes sur l’efficacité de cette méthode, ont fait un test concluant en plongeant un morceau de viande dans un bain de ce produit banal: 24 heures plus tard, le steak avait entièrement disparu.
Interpellé le mois dernier et inculpé du meurtre de ses ex-épouses, ainsi que de quatre de ses huit enfants, Andras Pandy a d’abord nié tout en bloc avant de s’enfermer dans le silence tant que son argent n’aura pas été débloqué pour lui permettre de faire de menus achats en prison.
Il reste à savoir a qui appartiennent les ossements de quatre êtres humains retrouvés dans une autre maison du pasteur.
Le porte-parole du parquet de Bruxelles a confirmé que ces ossements n’appartenaient pas aux membres de la famille Pandy, ce qui explique peut-être pourquoi le pasteur s’est livré de bonne grâce aux tests génétiques pratiqués sur lui.
Deux hypothèses tiennent la corde.
Ces ossements pourraient appartenir aux nombreuses conquêtes féminines qu’Andras Pandy faisait venir de Hongrie et dont on n’a pas toujours retrouvé la trace.
Mais ils pourraient également avoir été exhumés des cimetières bruxellois et amenés sur place comme un leurre. (Reuters)


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