Le mois dernier, les autorités scolaires de la Nouvelle Orléans, ville à majorité noire, ont décidé à l’unanimité de changer le nom d’une école élémentaire portant le nom de Georges Washington pour la rebaptiser «école Charles Richard Drew», du nom d’un chirurgien noir, pionnier dans les recherches sur le plasma.
Ils suivaient en cela une directive locale datant de 1992 interdisant les noms d’école «honorant d’anciens propriétaires d’esclaves ou d’autres personnes n’ayant pas respecté des chances égales pour tous».
Au cours des cinq dernières années, 22 écoles de la région de la Nouvelle Orléans ont ainsi abandonné les noms de généraux confédérés de la guerre civile, de gouverneurs propriétaires d’esclaves et même du fondateur noir d’un orphelinat, qui possédait aussi des esclaves.
Mais jamais personne ne s’était attaqué auparavant aussi ouvertement au premier président des Etats-Unis, figure emblématique de la révolution américaine, dont près de 500 écoles aux Etats-Unis portent le nom, sans compter la capitale fédérale, un Etat de l’ouest, et dont l’auguste figure orne aussi les billets de un dollar.
Cette décision a immédiatement provoqué la controverse, certains milieux conservateurs fustigeant ce «nettoyage ethnique d’hommes blancs morts», selon le Washington Times, un quotidien ultra-conservateur.
Le passé esclavagiste de George Washington et d’autres présidents américains dont Thomas Jefferson n’est pourtant pas un secret et les livres d’histoire fourmillent de détails sur ce sujet. Ils indiquent notamment que Washington avait hérité de 10 esclaves à l’âge de 11 ans, et en possédait plus de 300 sur sa plantation de Virginie à sa mort. Ses lettres démontrent qu’il était en faveur d’une abolition progressive, mais il n’a jamais proposé durant son mandat l’émancipation des esclaves.
Une contradiction
fondamentale
«L’Amérique est basée sur des idéaux de liberté et d’égalité, mais est en fait née de l’esclavage et nous n’avons jamais réellement affronté notre histoire», estime Lenny Steinhorn, professeur en communication à l’American University de Washington.
«Les Etats-Unis sont nés d’une contradiction fondamentale, que les Américains blancs ont choisi de régler en la niant, en l’effaçant, en prétendant qu’elle n’existe pas et en déshumanisant les Noirs», dit-il.
«Nous vivons depuis plus de 300 ans dans un brouillard d’ignorance», indiquait récemment pour sa part l’historien noir John Hope Franklin, qui préside les travaux de la commission mise sur pied par le président Bill Clinton pour améliorer le dialogue entre les races.
M. Franklin, auteur d’un ouvrage de référence sur l’histoire de l’esclavage (From slavery to freedom), aboli en 1865, a souvent dénoncé «les hypocrites de Philadelphie qui se sont libérés de l’Angleterre le pied posé sur la tête d’autres gens».
Le débat sur l’esclavage — alors que certains leaders noirs demandent régulièrement des excuses officielles du gouvernement américain et des réparations — a été également récemment relancé avec le projet d’une vente aux enchères de plusieurs documents du 19e siècle liés à l’esclavage par la maison Christie’s de New York.
Celle-ci a dû annuler la vente des objets et documents après une virulente campagne de protestation.
Les protestataires dénonçaient notamment le fait que Christie’s ne vend pas, par principe, des objets liés à l’Holocauste et ne faisait pas preuve de la même sensibilité pour les victimes de l’esclavage.
La prochaine sortie du film «Amistad» consacré à l’un des épisodes les plus dramatiques de l’histoire de l’esclavage — la mutinerie d’un groupe d’Africains destinés aux plantations cubaines — et produit par Steven Spielberg, devrait également provoquer de nouvelles discussions sur le passé esclavagiste des Etats-Unis. (AFP)

