Comme les municipales de septembre, les législatives dans l’entité serbe de Bosnie permettent aux anciens habitants de ces régions, réfugiés à l’étranger ou dans la Fédération, l’entité croato-musulmane, de voter là où ils vivaient avant la guerre.
Jusqu’à présent, les 18 députés de la Fédération — 17 musulmans et un Croate — en sont réduits à jouer symboliquement les intrus dans un territoire balayé par les campagnes de purification ethnique des Serbes de Bosnie entre 1992 et 1995.
Avant chaque session, quand ils y participent, les députés quittent Sarajevo pour Jahorina, l’ancienne station de sports d’hiver en territoire serbe, où se réunit le Parlement, «dans un bus escorté par la police, avec plaques d’immatriculation musulmanes», raconte le chef du groupe SDA (Parti d’action démocratique), principale formation nationaliste musulmane, Safet Bico.
Toute une aventure pour parcourir cette trentaine de kilomètres, puisqu’en Bosnie très peu de voitures, identifiables à leurs plaques d’immatriculation différentes pour chaque communauté, se risquent d’une entité à l’autre.
Une fois arrivés, «on nous traite de Turcs, on nous dit: retournez à Téhéran», raconte le député. «Tout le monde se comporte ainsi, même les journalistes ou le personnel de sécurité. Les députés serbes font des remarques déplaisantes et nos propositions sont systématiquement rejetées», dit M. Bico.
Les partis de la Fédération, malgré des blocages impossibles à surmonter dans un futur proche, ont décidé de mobiliser leurs forces pour convaincre les réfugiés de voter massivement.
Briquets et stylos
La puissante coalition formée autour du SDA espère enlever 17 ou 18 sièges dans le Parlement, aujourd’hui dominé par les ultra-nationalistes du SDS (Parti démocratique serbe), avec 45 sièges sur 83. Minoritaires avant la guerre dans l’est de la Bosnie, les Croates vont, eux aussi, tenter de donner au moins un élu à leur parti nationaliste, le HDZ.
Si musulmans et Croates proposent aux réfugiés d’affirmer par le vote leur droit au retour, c’est bien au nom de la même idée nationaliste qui fait refuser aux Serbes de leur ouvrir leur territoire.
«Presque tout le monde vote pour le parti qui promet la défense la plus sûre contre une menace supposée, c’est-à-dire pour un parti nationaliste, qui devient lui-même une menace pour les deux autres groupes», constate le groupe d’observateurs indépendants IGS, dans un rapport sur la difficile construction de la paix en Bosnie.
Dans ce paysage figé, de petits partis d’opposition tentent de faire leur chemin, comme l’Union des social-démocrates de Bosnie (UBSD) du maire de Tuzla, deuxième ville de la Fédération, Selim Beslagic.
Cette formation non nationaliste ne s’adresse pas seulement aux milliers de réfugiés installés à Tuzla: elle distribue aussi briquets et stylos à Banja Luka, la ville de Biljana Plavsic, visant des électeurs en quête d’une alternative aux trois blocs nationalistes. (AFP)

