Des records comme celui du tableau de Gustav Klimt qui a atteint quelque 14 millions de livres (22,4 millions de dollars) chez Christie’s en octobre, «on n’en verra plus à Londres bientôt», a prédit Anthony Browne, président de la fédération britannique du marché de l’art.
Depuis vingt ans, Londres a détrôné Paris à la première place européenne, notamment parce que les œuvres d’art y sont moins taxées et les artistes moins protégés.
Selon une étude publiée par la fédération, le marché britannique de l’art (ventes aux enchères et antiquaires) a atteint quelque 2,4 milliards de livres en 1996 dont 837 millions assurés à eux seuls par les «quatre grands», Sotheby’s, Christie’s, Phillips et Bonhams.
Le marché britannique représente environ la moitié du marché européen, estime la fédération. A l’heure actuelle, 44% des toiles de peintres reconnus sont vendues à New York, 28% à Londres et seulement 6% à Paris.
Les projets de Bruxelles alarment les Britanniques. Depuis mars 1996, le commissaire européen Mario Monti, chargé des questions fiscales, bataille pour harmoniser la taxation des œuvres d’art.
La Grande-Bretagne a déjà été obligée d’introduire un seuil minimum de TVA fixé dans une première étape à 2,5%.
Elle est désormais menacée par les «droits de suite», qui permettent aux artistes ou à leurs héritiers d’encaisser un pourcentage sur les ventes et surtout les reventes de leurs œuvres.
Les méfaits de
la TVA
La Commission européenne propose d’instaurer un pourcentage dégressif, relativement élevé (4%) pour les œuvres de prix moyen, réduit à 2% pour les œuvres dépassant les 250.000 dollars. Ce pourcentage s’appliquerait tout au long de la vie de l’artiste et 70 ans après sa mort.
La seule introduction de la TVA «a déjà fait chuter de 40% les importations d’œuvres d’art. Autant dire qu’avec les droits de suite, on tuera le marché de l’art contemporain en Grande-Bretagne. Toutes les grandes ventes vont émigrer à New York», affirme la fédération, qui a le soutien du gouvernement britannique dans sa croisade.
«C’est faux. Les artistes tiennent à vendre en Europe. Et les frais de voyage et d’assurance qu’implique la vente à New York de certaines toiles européennes peuvent être très importants», rétorque un porte-parole de la Commission européenne.
Pour Bruxelles, l’affaire est une question de «justice». Un artiste britannique comme David Hockney touche des droits quand ses toiles sont revendues à Paris. A Londres, il n’encaisse pas un penny. «Le marché européen n’existe pas dans ce domaine», estime Bruxelles qui ne manque pas de relever que la plupart des artistes britanniques soutiennent l’instauration de droits de suite dans leur pays. (AFP)

