Mais à l’autre bout de l’échelle, le nombre de grands groupes comptant plus de 10.000 salariés n’a pratiquement pas varié durant ces 15 années, restant proche de 80. Ils ont cependant considérablement accru leur nombre de filiales, qui est passé de 3.000 en 1980 à 10.500 en 1995.
Au total, entre grands et mini-groupes — ces derniers drainent en moyenne trois ou quatre entreprises —, près de 45.000 entreprises sont actuellement contrôlées en France, contre 9.200 seulement en 1980, et plus du tiers des emplois des PME dépendent désormais d’une entité plus puissante, détentrice de la majorité des voix au conseil d’administration.
Et ces groupes sont d’autant plus prédominants qu’ils se situent dans des secteurs très concentrés ou fortement capitalistiques comme l’automobile, l’énergie et les activités financières, à l’opposé de la construction et du commerce où leur importance est faible.
La multiplication des micro-groupes, phénomène récent qui s’est accéléré depuis 1991 avec l’intensification des relations patrimoniales, limite de plus en plus l’indépendance des PME par le jeu de la sous-traitance. Avec leur éclatement et leur filialisation croissante, les grosses structures (plus de 10.000 salariés) contrôlent désormais en moyenne près de 125 entreprises (au lieu de 75 en 1989) et représentent plus du quart de la main-d’œuvre française. Cependant, leurs filiales françaises, en plus grand nombre, ont réduit leurs effectifs de près de 30% aux environs de 210 personnes en moyenne.
En 1995, parmi les 6.610 groupes privés répertoriés en France, près du quart (1.400) avaient à leur tête une entreprise étrangère. L’influence étrangère, qui a doublé en cinq ans, emploie ainsi plus d’un million de salariés en France, sous la conduite des groupes américains (297.000 personnes) et des hollandais (198.000 salariés), lesquels en retirent des avantages fiscaux. Ces entreprises à capitaux étrangers créent en France 9% de la valeur ajoutée totale. Mais ce poids de l’étranger atteint 20% dans l’industrie et 25% dans les biens de consommation.
Dans le même temps, la présence française s’est étendue à l’étranger où les groupes à capitaux français contrôlaient directement 6.900 entreprises étrangères à la fin 1995, soit 3.000 de plus qu’à la fin 1989. Au total, 16.000 filiales d’entreprises françaises étaient présentes à l’étranger au début 1996, employant 2,4 millions de salariés.
Cette implantation hors de France est d’autant plus forte que le groupe est important et concerne une filiale sur cinq chez les plus gros. Les premiers pays d’accueil sont les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Espagne et la Belgique. (Reuters)

