Une caisse noire a permis au ministère français des Affaires étrangères de financer «la distraction» de chefs d’Etat étrangers et de rémunérer des employés non déclarés entre 1988 et 1991, a révélé le quotidien «Le Monde».
Les sommes en jeu sont de l’ordre de dix millions de francs en moyenne par an (environ 1,7 million de dollars), prélevées irrégulièrement sur les caisses du Quai d’Orsay, précise le quotidien, citant la Cour des comptes, l’organe de contrôle de la gestion des finances publiques françaises.
L’affaire met en cause l’entourage proche du ministre des Affaires étrangères de l’époque, le socialiste Roland Dumas, aujourd’hui président du Conseil constitutionnel.
Son chef de cabinet, son adjoint, l’ancien directeur du personnel et de l’administration générale et le régisseur de l’hôtel du ministre répondent de ces faits devant la Cour de discipline budgétaire et financière de la Cour des comptes dont la décision est attendue dans 3 ou 4 mois.
Les quatre fonctionnaires risquent des amendes de 3.000 francs, peine requise par le ministère public, précise le quotidien.
Pour leur défense, ils ont expliqué que ces pratiques comptables «existaient depuis cinquante ans».
Les sommes prélevées étaient destinées aux frais de représentation du ministre. Des attestations comptables, dont le montant est plafonné à 50.000 francs, permettraient d’obtenir le décaissement de l’argent sans avoir à rendre de comptes.
«Les sommes en liquide étaient stockées dans les bureaux des membres du cabinet et le reste des fonds était déposé sur un compte à la banque Transatlantique», explique le quotidien, citant le rapporteur de la Cour des comptes.
Les liquidités permettaient de gérer «l’environnement complexe des chefs d’Etat et futurs chefs d’Etat et la distraction de leur entourage», a précisé le régisseur de l’hôtel du ministre.
La Cour a également découvert qu’une partie de ces sommes servait à rémunérer une «trentaine de fonctionnaires clandestins» travaillant au service du ministère.
10,3 millions de francs (1,7 million de dollars) ont ainsi été distribués entre 1989 et 1991 sous forme de chèques à ces personnes employées sans contrat de travail comme chauffeurs, secrétaires ou maîtres d’hôtel.
L’ancien ministre Roland Dumas a indiqué avoir eu connaissance de ces dépenses, sans autre précision, dans deux courriers adressés à la Cour de discipline budgétaire et financière.
«Les ministres ne sont pas justiciables devant cette cour», souligne «Le Monde». (AFP)

