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Actualités - Reportage

A l'Assembly Hall Ensemble Incanto : Brio et rigueur (photo)

Heureuse rencontre en 1988 lors d’un festival à Hanovre où les affinités musicales ont joué leur rôle et où le trio «Incanto» est né. Musique de chambre de qualité d’un partenariat dont la réputation ne s’est guère démentie grâce à Liese Klahn (piano), Ralph Manno (clarinette) et Guido Schiefen (violoncelle). Aujourd’hui, après une dizaine d’années couronnées par le succès et la joie des prix remportés, c’est au tour de Beyrouth d’applaudir cet «ensemble» qui interprète, avec une exquise maîtrise, des partitions de Debussy, Poulenc, Schumann et Brahms.
C’est par le prologue de la sonate en «d» mineur pour piano et violoncelle de Debussy que commence ce concert placé d’emblée sous le signe d’un langage commun d’une grande élégance. A aucun moment, les instruments ne font étalage de leurs ressources ni ne s’apposent. Il y a là une narration riche et expressive qui surprend agréablement par ses hardiesses car les dissonances qui demeurent suspendues tiennent constamment l’auditeur en haleine. On chercherait en vain dans la musique de Debussy une intention philosophique ou descriptive. «La musique française, écrivait-il, veut avant tout faire plaisir...» Rien de plus vrai, qu’en écoutant la sérénade et le final de cette sonate d’une subtile dualité... Toujours dans la lignée de l’esprit des mélodistes français, la sonate pour clarinette et piano de Poulenc a pris avec grâce la relève en alternant tristesse, romance et un allegro prestement enlevé. Nostalgique à certains moments, développant avec lyrisme de longues phrases chantantes, Poulenc a ici l’extrême séduction d’un musicien à l’expression nuancée.
Largement représentée dans l’œuvre de Schumann, la musique de chambre occupe dans ce récital une place de choix grâce à cet admirable «Marchenerzählungen» op. 132 où clarinette, piano et violoncelle dialoguent avec vivacité et parfois emportement. Une partition éblouissante où le musicien use avec habileté d’un riche éventail de sonorités, soit pour exprimer des sentiments mêlés soit en vue de créer des effets de couleurs pour des rencontres soudaines et imprévues de timbres. Sans outrances, évoquant des résonances profondément humaines qu’on découvre à chaque mesure, le monde sonore de Schumann demeure accessible à tous.
Brahms: encore un qui a brillamment illustré la musique de chambre. Avec les quatre mouvements du Trio op. 114 pour piano, clarinette et violoncelle de l’auteur des vivaces «danses hongoisses» les auditeurs ont été littéralement comblés. Expression joignant avec bonheur le classicisme le plus rigoureux au romantisme le plus débridé. L’écriture de Brahms est celle d’un maître accompli, nourri des styles de Bach comme de Beethoven. Avec des passages toutefois où les motifs secondaires se succèdent, s’enchevêtrent et prennent imperceptiblement le dessus... Equilibre particulier à Brahms qui ne recule pas devant des effusions sentimentales à la Mendelssohn, avec des revirements dramatiques à la Schumann ou brusquement à une lumineuse éclaircie telle une page de Haendel. Noblesse et pureté d’un style qui oscille entre la gravité nordique et la vivacité viennoise. Subtil mélange enrobé toutefois par ce ton de mélancolie indéfinissable...
Long «trio» d’une narration à la fois intense et légère interprété avec brio, rigueur et une émotion contenue par les trois musiciens qui ont soulevé l’enthousiasme du public qui les a longuement applaudis. En bis, une œuvre de Max Bruch, compositeur allemand du début du XXe siècle dont l’inspiration échappant au romantisme et au wagnérisme demeure toutefois teintée d’une certaine mélancolie... Mélancolie qui se mariait parfaitement, au dehors, avec le son d’une pluie battante en ce début de novembre...

Edgar DAVIDIAN
Heureuse rencontre en 1988 lors d’un festival à Hanovre où les affinités musicales ont joué leur rôle et où le trio «Incanto» est né. Musique de chambre de qualité d’un partenariat dont la réputation ne s’est guère démentie grâce à Liese Klahn (piano), Ralph Manno (clarinette) et Guido Schiefen (violoncelle). Aujourd’hui, après une dizaine d’années couronnées par le succès et la joie des prix remportés, c’est au tour de Beyrouth d’applaudir cet «ensemble» qui interprète, avec une exquise maîtrise, des partitions de Debussy, Poulenc, Schumann et Brahms.C’est par le prologue de la sonate en «d» mineur pour piano et violoncelle de Debussy que commence ce concert placé d’emblée sous le signe d’un langage commun d’une grande élégance. A aucun moment, les instruments ne font étalage de leurs...