La rencontre des «grands argentiers» de l’Union européenne sera suivie jeudi d’une réunion des ministres des Affaires sociales et les deux formations du conseil se réuniront en commun le 17 novembre pour tenter d’aplanir les différends.
Deux semaines avant le sommet demandé par le gouvernement socialiste français pour montrer à l’opinion publique que l’emploi préoccupe autant les Quinze que la marche vers l’euro, les divergences de vues entre Etats membres restent nombreuses.
Certes, tous partagent l’analyse de la Commission européenne, qui a proposé une stratégie susceptible d’entraîner la création de 12 millions d’emplois en cinq ans afin de faire reculer le chômage de 11 à 7% de la population active.
Il s’agit de donner vie au «chapitre emploi» intégré en juin dernier dans le traité d’Amsterdam, qui devrait entrer en vigueur sans attendre la fin de la procédure de ratification.
Pour l’exécutif européen, il faut mettre l’accent sur des politiques de l’emploi actives et non plus passives, ce qui permettrait d’assurer une formation aux jeunes et aux chômeurs de longue durée, ainsi qu’adapter les marchés du travail.
La France, de son côté, n’entend pas faire de ce sommet une tribune pour convaincre ses partenaires européens de suivre son exemple en passant à la semaine de 35 heures, l’accent étant mis au niveau européen sur la réduction des heures supplémentaires qui permettrait elle aussi de réduire le temps de travail.
Le ministre français des Affaires européennes, Pierre Moscovici, a ainsi souligné la semaine dernière qu’il fallait fixer des objectifs «pragmatiques» à Luxembourg.
Généralités
ou chiffres?
Il n’est ainsi pas question d’afficher l’ambition de réduire le chômage à 7%, ce qui risquerait de créer des espoirs déçus.
Mais, comme la plupart des pays, la France partage l’avis de la Commission qu’il serait bon de fixer des objectifs concrets, par exemple sur le pourcentage de jeunes ou de chômeurs de longue durée qui doivent pouvoir bénéficier d’une formation.
L’idée est d’emprunter à l’Union économique et monétaire (UEM) la méthode des critères qui a bien fonctionné pour l’euro.
La réalisation de «lignes directrices» communes ferait l’objet d’un examen annuel et les pays qui ne les auront pas suivies se verraient adresser des «recommandations», certes non contraignantes, mais qui auraient valeur morale.
«Comme nous avons eu les critères monétaires et financiers de Maastricht, il serait bon, il serait même indispensable que nous ayons en matière d’emploi des objectifs de Luxembourg», a déclaré Pierre Moscovici lors d’un colloque à Nantes.
Or l’Allemagne, le Royaume-Uni et, dans une moindre mesure, l’Espagne et les Pays-Bas, s’opposent à l’adoption d’objectifs chiffrés au niveau européen, soulignant que les politiques de l’emploi sont du seul ressort des Etats membres.
«Tout le monde est d’accord pour parler de lignes directrices, mais certains ne veulent pas aller au-delà des généralités», a souligné un diplomate.
Bonn, Londres et La Haye refusent en outre de financer des programmes européens de réduction du chômage.
Même si les ministres des Affaires sociales de ces pays se montrent un peu plus allants sur la fixation d’objectifs chiffrés, la plupart des diplomates estiment que ce sont les ministres des Finances qui finiront par l’emporter.
Il restera alors aux dirigeants européens à trouver un compromis sans donner l’impression que l’on peut être d’une précision chirurgicale quand on parle de l’euro, mais que l’on en reste aux banalités dès qu’il s’agit de l’emploi. (Reuter)

