Cité par l’historien Hérodote, loué pour ses vertus par les médecins grecs Galien ou Dioscoride ou le naturaliste romain Pline l’Ancien, le mastic jouissait dans l’Antiquité d’une réputation de quasi-panacée censée soigner des maux d’estomac aux brûlures, cicatriser les plaies ou neutraliser le venin des serpents, explique l’archéologue Lina Mentoni.
D’où l’idée des laboratoires ou chaires de médecine d’Athènes de passer au crible de la science moderne les centaines d’«ordonnances» antiques mentionnant le mastic, dans l’espoir d’en faire, aussi, un médicament du futur.
Bénéficiant du soutien du ministère de l’Egée, les promoteurs du projet se défendent de toute crédulité excessive. «Il ne s’agit pas de recycler le mythe d’une panacée, encore vivace dans les croyances populaires à Chios (est de la mer Egée), mais il est certain que le mastic vaut la peine qu’on s’y intéresse», affirme Spyros Fotinos, vice-président du premier laboratoire pharmaceutique grec, Lavipharm.
Lavipharm, qui négocie un contrat d’exclusivité avec l’Union des producteurs, a déjà lancé une série d’expériences, sur lesquelles M. Fotinos se refuse toutefois à tout détail en invoquant le secret industriel.
Anti-cancéreux
D’autres études ont été engagées en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis en Suède, pour des soins dentaires ou des escarres, tandis que l’action possible du mastic contre le diabète ou le cholestérol ou pour des traitements anti - cancéreux retient aussi l’attention des scientifiques, selon Nikolaos Sitaras, professeur à l’université de médecine d’Athènes.
Selon ces spécialistes, l’industrie cosmétique pourrait enfin constituer un autre débouché pour un produit dont usaient les élégantes de la Rome antique pour fixer les faux-cils, blanchir les dents ou rendre l’épiderme plus lumineux.
Tiré du lentisque, un arbuste présent dans toute la Méditerranée, le mastic ne coule des troncs que dans le sud de Chios, ce que les scientifiques attribuent au micro-climat local et à une activité volcanique sous-marine dans la zone.
Mais selon M. Sitaras, son originalité par rapport à beaucoup d’autres produits végétaux bénéficiant de l’actuel vogue pour les produits naturels tient aussi à sa composition, qui concentre un grand nombre de substances d’habitude dispersées dans la flore.
Ces particularités et les vertus aromatiques du mastic, très prisées par la cuisine et la pâtisserie orientale et enrichissant le goût de l’ouzo, l’apéritif grec, ont d’ailleurs valu à l’île de Chios de jouir sous la domination ottomane, de toute une série de privilèges politiques et financiers.
Exporté dans 50 pays surtout orientaux, menés par l’Arabie Séoudite et commercialisé en chewing- gum 100% écologique sur le marché grec, le mastic rapporte actuellement 14,4 millions de dollars par an aux 21 villages producteurs, qui ont établi depuis 1938 un monopole sur sa collecte et distribution. (AFP)

