L’activité est en effet juteuse: bars, hôtels, salons de massage, centre de guides spécialisés et de vidéos pornographiques, sex shops et charters pour «touristes du sexe» génèrent des milliards de dollars. Le seul tourisme sexuel (vers Manille, Pattaya, Copacabana ou ailleurs...), brasserait, selon un expert italien, cinq milliards de dollars par an.
Les ONG de défense des enfants y voient une exploitation typique du plus fort sur le plus faible: clients riches et proxénètes puissants, face à familles démunies, jeunes non scolarisés, enfants des rues, minorités ethniques...
Des proxénètes, rappellent les ONG du réseau ECPAT (End child prostitution and trafficking), «recrutent» parmi les enfants des quartiers pauvres du Brésil, d’Inde, de Colombie, du Cameroun, de Côte-d’Ivoire ou du Kenya.
Mais de vrais réseaux criminels se chargent d’enlever, d’acheter et d’échanger des fillettes dans des zones rurales pauvres: on relève un trafic entre le Népal et l’Inde, entre le Bangladesh et le Moyen-Orient, et à la frontière nord de la Thaïlande. Taïwan et la Thaïlande seraient les plaques tournantes de trafics vers l’Australie, les USA et le reste de l’Asie.
Sur les lieux de prostitution, tout un réseau en profite: recruteurs, proxénètes, rabatteurs, tenanciers de bars, chauffeurs de taxis, boîtes de nuit, taxis-proxénètes et autres brodels sordides, fréquentés par la population locale, des marins, des hommes d’affaires et des touristes, a relevé ECPAT.
Le fléau s’est étendu à tous les continents: de l’Afrique à l’Amérique latine, de l’Asie à l’Europe.
A l’Est, la dislocation sociale a préparé le terrain des trafiquants, qui rabattent ou organisent la prostitution dans les gares de Russie ou d’Ukraine. Pour le marché allemand du sexe, les adolescentes russes ou roumaines coûtent moins cher que les Thaïlandaises, rappellent les ONG.
Aux Etats-Unis, des associations affirment que 100.000 à 300.000 enfants seraient exploités dans la prostitution et la pornographie, un marché de 500.000 clients. Internet vient d’ailleurs de renforcer ce marché sans frontières, en diffusant adresses spécialisées et images pornographiques.
Mais les chiffres existants ne donnent qu’une vague idée de la réalité.
Une estimation reprise par l’ONU parle d’un million d’enfants en esclavage dans des maisons closes asiatiques. D’autres, émanant d’ONG, d’études universitaires ou de services officiels vont pour la Thaïlande de 15.000 à 800.000 enfants. En Inde, les ONG parlent de 20 à 30% d’enfants parmi les prostitués.
Au Sri-Lanka, 20.000 à 30.000 enfants seraient concernés, à Taïwan 40.000 à 60.000, aux Philippines 50.000 à 60.000, au Vietnam entre 2.000 et 40.000, au Paksitan 40.000 et en Chine 200.000 à 500.000. L’UNICEF en a recensé 100.000 en Thaïlande et aux Philippines, et parle d’un tiers d’enfants parmi les 10.000 à 15.000 prostitués de Phnom Penh (Cambodge).
Ces milliers d’enfants ne sortent pas indemnes de cette exploitation: beaucoup meurent jeunes, minés par une maladie sexuellement transmissible ou par la drogue fournie par les proxénètes.
Des programmes de réinsertion existent (l’OIT en a mis sur pied dans 25 pays), mais ils ne touchent qu’une minorité. (AFP)

