Il faut remonter à 1957 pour trouver un nombre d’exécutions comparable, précise le directeur du Centre d’information sur la peine de mort, Richard Dieter. Cette année-là, 65 condamnés avaient été exécutés.
Une dizaine d’autres exécutions étant déjà prévues avant la fin de l’année, même ce record pourrait être battu.
Dwight Dwayne Abannandus, un Noir de 41 ans, est devenu cette semaine le 57e condamné exécuté durant cette année. Il est mort par injection dans une prison du Texas. Cet Etat a déjà exécuté cette année 30 condamnés, faisant tomber son propre record qui datait de 1935.
Deux autres exécutions sont prévues au Texas avant la fin du mois, et deux autres en Pennsylvanie.
Après un moratoire de quatre ans, la possibilité pour les Etats d’appliquer la peine de mort avait été réinstaurée par la Cour suprême en 1976. Rarissimes au début des années 1980, les exécutions ont commencé à augmenter significativement en 84. Elles sont passées à une moyenne annuelle de 34 dans les années 90, atteignant 56, leur précédent record de cette «période moderne» en 1995.
Risques d’erreurs
Selon M. Dieter, le rythme des exécutions devrait encore s’accélérer dans l’avenir proche, en raison notamment d’une loi fédérale votée l’an dernier, limitant les possibilités d’appel pour les condamnés à mort.
A la faveur de l’inquiétude grandissante des Américains face à la criminalité, certains Etats ont également étendu son champ d’application et accéléré les procédures.
«Le rythme augmente de façon dramatique, sans aucune des sécurités que l’on serait en droit d’attendre lorsqu’il s’agit de la mort d’un homme», commente Steve Hawkins, directeur de la Coalition nationale pour abolir la peine de mort (NCADP). Il souligne également le nombre disproportionné de Noirs exécutés (36,6% de toutes les exécutions en 1996, quand ils représentent 12% de la population aux Etats-Unis).
Le Centre d’information sur la peine de mort souligne, lui, les risques d’erreurs: depuis 1993, 21 condamnés à mort ont échappé à leur peine après avoir réussi à prouver leur innocence.
Les Américains, très largement favorables à la peine capitale, ne semblent pas s’en émouvoir, et les exécutions, la plupart par injection létale mais certaines par électrocution, sont généralement brièvement relatées en page intérieure des journaux locaux.
Mais la communauté internationale s’en est préoccupée ces derniers mois, à la faveur de deux exécutions: celle de Joseph O’Dell en juillet, et celle du Mexicain Mario Murphy Rodriguez en septembre. O’Dell, un multi-récidiviste qui affirmait son innocence, avait reçu un important soutien en Italie.
Le gouvernement mexicain avait demandé la clémence pour Murphy Rodriguez, et a vivement regretté son exécution.
Plus de 3.200 condamnés à mort attendent leur exécution dans les «couloirs de la mort» des prisons américaines, parmi lesquels des dizaines d’étrangers.
La peine capitale figure dans l’arsenal répressif de 38 Etats, et 30 l’ont appliquée au moins une fois depuis 1976. Le Kentucky y a eu recours cette année pour la première fois en trente-cinq ans. (AFP)

