L’ouverture de ce colloque a été réalisée en présence de MM. James Stephenson, représentant de l’«USAID» à Beyrouth, Ross Mountain, directeur du PNUD au Liban, et Khater Abi Habib, président de l’«Institut national des garanties des dépôts», et sous la présidence de M. Eddé. Dans son allocution, M. Michel Eddé a salué les participants et l’importance «de définir le rôle des ONG au Liban dans le domaine des micro-crédits. En effet, a-t-il déclaré celles-ci ont une expérience particulière et souvent depuis plusieurs années. Elles sont réellement les traits d’union entre les emprunteurs qu’elles connaissent bien et les banques qui leur accordent quelques facilités. Par le passé, le gouvernement libanais n’a pas assez accordé d’attention à leurs actions. Maintenant, le gouvernement actuel tient particulièrement à la réussite de ces projets de financement de petites et moyennes entreprises et soutient les ONG qui participent à ces projets. Aujourd’hui, les experts, notamment du PNUD, et les ONG vont renforcer leurs expériences par le dialogue et les recommandations issues de cette journée serviront de canevas à l’action du gouvernement. Les micro-entreprises et les petites entreprises renforceront ainsi au Liban le tissu économique et développeront le plein emploi. D’ailleurs, tous les experts s’accordent à reconnaître l’importance des petites entreprises à travers le monde qui sont les seules, à l’heure actuelle, véritablement créatrices d’emplois. En Europe de l’Ouest, pour 14 millions de PME employant moins de 10 personnes, il existe 14.000 entreprises qui emploient plus de 500 employés. Par ailleurs, encourager les populations à créer des entreprises équivaut à éradiquer le chômage, voire créer le plein emploi. Les grandes entreprises privées et le secteur public ne peuvent absorber complètement le nombre croissant de demandeurs d’emploi, notamment chez les jeunes Libanais (50% de la population) qui ont grandi au Liban ou qui sont de retour de l’étranger où la conjoncture n’offre plus les débouchés d’autrefois. Le gouvernement souhaite maintenant la mise en place d’initiatives privées concernant le financement des petites entreprises libanaises particulièrement pour les jeunes et les femmes», a conclu M. Eddé. Ensuite les experts de la Banque mondiale ont rappelé les chiffres démontrant de l’importance des PME dans l’économie mondiale, en termes d’emploi, mais aussi en termes d’avenir, de flexibilité et de rentabilité.
Le Liban différent des pays pauvres
Dans un premier temps, différents experts de Bolivie et de Russie ont exposé les conditions de leur établissement dans ces pays en proie à l’instabilité politique, parfois à l’insécurité et confrontés à une forte inflation de la monnaie. Dans ces pays, la population défavorisée est véritablement en proie au désespoir. Aucun système communautaire n’est réellement efficace pour assurer au plus pauvre un revenu ou les moyens de sa subsistance. C’est dans ces contextes que des organisations, au départ des ONG, ont été créées et ont permis grâce à des prêts de quelques dizaines de dollars sur quelques semaines, à nombre de pères de familles d’assurer, via un petit métier occasionnel, des revenus minimum.
Dans ces cas précis, les usagers ne font pas cas des taux d’intérêt; l’important est d’obtenir instantanément des fonds pour faire tourner un petit commerce durant une semaine. Dans ces cas précis, l’emprunteur n’a qu’un souci: rendre l’argent à son bienfaiteur afin d’avoir accès la semaine d’après à autant. Ces compagnies se sont, en outre, bien développées, puisque l’une d’entre elles, en Bolivie, est maintenant une banque (la Boncosol) avec quelque 3 millions de dollars de fonds propres qui lui permettent de lever sur les marchés financiers environ 20 millions de dollars. Signe distinctif entre le Liban et ces pays, la taille du marché qui reste très étroit au Liban et qui ne permet peut-être pas d’amortir des structures trop lourdes.
L’essentiel est en fait de comprendre que les Libanais aussi pauvres soient-ils sont, à l’exception de populations marginales, supportés par leur communauté religieuse ou villageoise. Cette structure particulière au Liban doit être prise en compte et même servir de base à toute action pour le financement des petites entreprises qui n’ont pas toutefois accès aux crédits traditionnels.
Quinze ONG sont dotées de 20 millions de dollars
Ainsi, un Libanais sans ressources, mais bien connu dans son village ou de sa communauté peut aisément, s’il a un projet profitable, obtenir de sa famille, de ses amis, voir de ses voisins, une contribution qui peut aller jusqu’à 5000$. Par contre, il ne pourra disposer de cette somme bien souvent que sur un intervalle très court, au plus de quelques mois. Par ailleurs, il n’existe pas au Liban de projet réellement viable qui engagerait des sommes de 300 ou 500$ seulement. C’est dans ces conditions que des ONG pourraient utilement constituer des fonds pour des crédits de 2000 à 5000$ remboursables sur un ou deux ans. Pour le reste, le profil d’action est le même que dans d’autres pays, la priorité est donnée à la confiance, mais la règle d’or tient dans le suivi des emprunteurs, d’où une surcharge inévitable des frais de gestion et donc des taux qui sont déjà ceux d’un capital risque important (entre 20 et 30%). Là est le créneau du financement de la micro ou petite entreprise, de là découle la proposition des ONG aux banques de la place, de leur accord des lignes de crédits en fonction de leur solvabilité et de leurs résultats sur le terrain. Au-delà, les banques doivent réactiver leurs programmes de petits crédits de moins de 10 millions de livres libanaises trop souvent inutilisés. Ceci peut être par manque de volonté au niveau de la politique commerciale des banques libanaises. Ici, le gouvernement peut agir en encourageant les banques par la bonification de taux ou des allègements fiscaux sur ces fameuses lignes de crédits finalement disponibles au Liban.
Par ailleurs, la mise en place de crédits de quelques centaines de dollars, risquerait fort pour le Liban, selon les experts, de devenir œuvre caritative et n’aurait vraisemblablement aucun impact positif sur le développement du tissu économique, ni au plan de la dignité des Libanais. Ce qui était juste et nécessaire durant la guerre est sans doute aujourd’hui périmé. Actuellement existent quinze associations ONG au Liban; elles sont dotées de 20 millions de dollars pour le crédit au micro-projets et prennent conscience d’une intégration de leur action dans l’économie moderne du Liban pour ainsi donner accès au marché une partie de la population aujourd’hui de plus en plus marginalisée économiquement par une reconstruction établie sans soucis d’un minimum de social. Le gouvernement semble prendre conscience aussi des dangers d’une telle situation et M. Eddé est en charge d’un programme d’encouragement des initiatives privées dans ce sens.
Gérard DE HAUTEVILLE

