Depuis mardi s’étalent sur les murs du pays des affiches montrant un officier noir de l’artillerie royale appelant les minorités à rejoindre les bataillons de l’armée de métier britannique. Une commission spéciale de recrutement sera mise sur pied afin «d’éradiquer toute forme de discrimination dans l’armée et d’offrir à tous des opportunités identiques», a promis le chef d’état-major, Sir Roger Wheeler.
Jusqu’à présent, Noirs et Asiatiques étaient plutôt indésirables dans les rangs: seulement 1,04% de l’effectif de l’armée, qui compte 210.800 personnes au total, n’a pas la peau blanche. Et ils sont encore proportionnellement moins nombreux dans les gradés, avec 112 officiers, soit 0,8% du total. Alors que les Noirs et les Asiatiques comptent pour un peu plus de 10% de la population du Royaume-Uni.
«Il n’y a pas un seul officier noir au-dessus du rang de colonel», s’est exclamé le premier ministre Tony Blair devant les travaillistes (au pouvoir) réunis en congrès à Brighton le 30 septembre dernier. «Nous ne deviendrons jamais un phare pour le monde», la grande ambition du premier ministre, «si nous ne donnons pas une place à tous les talents».
La tâche s’annonce difficile pour l’armée et le gouvernement. Un rapport officiel publié en mars dernier montre que l’armée britannique se distingue par un racisme «viscéral», propre à décourager nombre de vocations. «Le ministère de la Défense dans son ensemble a beaucoup de chemin à faire avant même d’atteindre la moyenne de ce qui est courant dans d’autres administrations», affirme le rapport qui n’est pas le seul à dénoncer le racisme de l’armée.
En août dernier, un commandant, Eric Joyce, était sorti de son devoir de réserve pour s’élever contre les discriminations raciales et sexistes de l’armée, ce qui lui vaut aujourd’hui de risquer la cour martiale.
Dans le rapport de mars dernier, les hauts responsables de la Royal Navy sont accusés de fermer les yeux sur les écarts de langage et les railleries racistes de leurs troupes: les Noirs sont jugés systématiquement «paresseux» et les Asiatiques «sournois», tandis que les surnoms du genre «Blanche-Neige» ou «Clair de lune» sont considérés comme de «l’humour vigoureux», affirme le rapport. Quant à la Royal Air Force, elle n’hésite pas à exclure les Noirs des cérémonies militaires.
En avril dernier, le ministère de la Défense avait dû ouvrir une enquête sur l’attaque d’un jeune soldat noir par onze camarades de régiment. Ils l’avaient frotté à la brosse pour le rendre «propre et blanc» avant de l’abandonner, gravement écorché.
Outre la campagne antidiscrimination dans l’armée, le gouvernement travailliste s’est aussi attaqué aux problèmes des crimes et violences racistes. Il a annoncé la semaine dernière une aggravation des peines pour toutes les violences à connotation raciste.
A en croire un rapport publié lundi, il ferait bien de s’intéresser aussi aux pratiques discriminatoires de son administration.
Selon cette étude réalisée par un député travailliste, les Asiatiques, qui comptent pour 4% des effectifs des fonctionnaires, n’accèdent pas aux postes supérieurs. «Ils n’occupent que un pour cent des postes de responsabilités et sont confinés aux tâches subalternes», accuse le député Keith Vaz, en appelant le gouvernement à réagir. Pour le moment, ce dernier a mis en place un comité consultatif. (AFP)

