Il y a 150 ans, Maroun Naccache introduisait le théâtre dans le monde arabe en adaptant l’Avare de Molière. Pour commémorer cet événement, 1997 a été consacrée ici «Année Molière». A cette occasion, le Centre culturel français a donc fait appel au «Théâtre de l’Unité», indique le directeur M. Jean-Claude Voisin. En effet, si l’intrigue et le texte respectent à la lettre l’œuvre créée en 1665, le décor (hybride), les costumes (d’époque ou actuels) et l’interprétation ont été rajeunis.
Mise en scène par Jacques Livchine et Hervée de Lafond, la pièce est jouée par quatorze comédiens qui interprètent alternativement tous les personnages. Mélanges des rôles et des genres, puisqu’une même scène est reprise sous différents angles. Des «fausses pistes» qui font de ce classique un spectacle drôle, intéressant et anticonformiste.
L’histoire, par contre, garde sa version originale: Dom Juan, grand seigneur libertin, fuit sa femme Dona Elvire. Il projette par ailleurs d’enlever à son fiancé une jeune fille au cours d’une sortie en mer. Ses plans tombent à l’eau… D’autant qu’il fait naufrage! Sauvé de justesse par Pierrot, un paysan, l’amoureux professionnel entreprend de séduire Charlotte, la promise de ce dernier. Il en fait de même avec une bonne partie des filles du village. Cependant, terrassé par son succès — il a promis à toutes le mariage — le coureur de jupons est obligé de battre retraite. Avec son valet Sganarelle, il s’enfonce dans la forêt. Là, Dom Juan rencontre un ermite à qui il promet de l’argent s’il blasphème. Ce à quoi l’anachorète se refuse.
Poursuivant son chemin, Dom Juan sauve un homme attaqué par des bandits. Il s’agit de Dom Carlos, un des frères de Dona Elvire lancés à ses trousses. Ce dernier ne révèle pas son identité mais il est reconnu par Dom Alonse, un autre des frères. Un combat va devoir s’engager. Mais la famille bafouée accorde au traître une journée de répit, avant qu’il n’ait à répondre du déshonneur qu’il lui a infligé. Retourné chez lui, Dom Juan doit faire face à ses créanciers et à son père qui lui reproche sa conduite légère. Pour se tirer d’affaire, il décide de se servir de l’hypocrisie et déclare «adopter une conduite austère pour obéir au ciel». Alors qu’en réalité, il ne s’agit là que d’une couverture pour commettre le mal en toute impunité.
Entre-temps, la statue du mausolée du Commandeur, que Dom Juan a tué en duel il y a six mois, va s’animer. Le spectre donnera à Dom Juan plusieurs avertissements qui resteront sans effet. Au cours d’un dîner avec son convive d’outre-tombe, Dom Juan sera finalement foudroyé par la colère divine qui le poussera dans un abîme de feu.
Deux heures trente de scène, de jeu parfait, de tirades spirituelles, féroces, ironiques, de bons mots, mais aussi d’effets spéciaux (machineries d’inspiration ancienne), et de musique adaptée ont fait de ce Dom Juan, revu et corrigé, un divertissement enlevé, qui flirte si malicieusement avec les interdits…
Zéna ZALZAL

