Les critiques viennent de partout: les grands et petits pays étrangers partenaires du Japon, les ONG japonaises et étrangères de lutte pour la protection de l’environnement et plusieurs partis politiques japonais ont invité le gouvernement à aller beaucoup plus loin.
Plus de 150 pays doivent participer à la conférence de Kyoto organisée par l’ONU du 1 au 10 décembre pour renforcer et mettre en œuvre la Convention cadre sur les changements climatiques adoptés au Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en juin 1992.
Il y a une semaine, le Japon a annoncé son intention de proposer une réduction moyenne de 5% dans les pays industrialisés entre 2008 et 2012 des émissions de C02 et de deux autres gaz provoquant un effet de serre par rapport à leur niveau de 1990, le premier ministre Ryutaro Hashimoto jugeant qu’il s’agissait là de «l’objectif maximal possible».
La marge de manœuvre du gouvernement japonaise peut paraître étroite. L’industrie fait valoir qu’aller plus loin serait irréaliste alors que le pays traverse sa plus longue période de stagnation économique depuis la guerre.
Mais la proposition japonaise est plus modeste encore qu’il n’y paraît car elle est assortie de clauses qui permettraient à certains pays de limiter la réduction à 2,5% et plaide pour une «flexibilité» dans l’imposition de pénalités éventuelles.
Une plaisanterie
Celles-ci ne joueraient qu’au-delà d’un dépassement de deux points au-dessus de l’objectif officiel. Un tel système autoriserait donc un pays comme le Japon à limiter à 0,5% la réduction de ses émissions de C02.
Pour la Commission européenne, l’offre japonaise est «insuffisante». «Le monde entier regarde le Japon et attend qu’il assume son leadership», a souligné le porte-parole du Commissaire à l’environnement Peter Jorgensen.
La Commission européenne propose une réduction beaucoup plus ambitieuse de 15% d’ici 2010 des principaux gaz nocifs pour la couche d’ozone et responsables du réchauffement climatique.
Sir Geoffrey Henry, président du Forum du Pacifique sud, une organisation qui regroupe seize pays du Pacifique, a critiqué hier à son tour la proposition japonaise.
Les pays membres du Forum, réunis pour un sommet à Tokyo à l’invitation du Japon, ont souligné que pour les petites îles du Pacifique l’élévation du niveau de la mer consécutive au réchauffement climatique représentait une menace mortelle.
Par la voix de son coordinateur européen Andrew Kerr, le Fonds mondial pour la nature (WWF) a qualifié la proposition japonaise de «plaisanterie».
Greenpeace a écrit à M. Hashimoto pour lui demander de revoir cette proposition qui, estime l’organisation, jettera le discrédit sur le Japon. «Elle est simplement une recette pour dix ans de plus de retards et d’inaction», affirme Greenpeace.
Au Japon, l’organisation Kiko Forum 97 qui regroupe 200 ONG japonaises a remis lundi au premier ministre une pétition signée de 433.167 Japonais exhortant le Japon à montrer le bon exemple à Kyoto.
«Le Japon conduit la conférence de Kyoto vers un échec», a averti Mme Mie Asaoka, porte-parole de cette organisation.
Le Parti socialiste et le Sakigake, deux formations qui prennent part à une alliance politique avec le Parti libéral-démocrate (PLD) au pouvoir, ont demandé à M. Hashimoto d’abandonner l’objectif de 5% et viser plutôt 12%.
Le Japon pourrait trouver un allié objectif avec les Etats-Unis qui, bien que comptant pour 22% des émissions mondiales de C02, n’ont pas encore fait connaître leur position. L’industrie américaine est farouchement hostile à tout objectif chiffré. (AFP)


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