L’Asie du sud-est est quasi assurée de rester le deuxième marché régional d’armement, en partie grâce aux dépenses de la Chine qui a renforcé la mobilité de ses forces et ses défenses frontalières sans accroître significativement ses capacités d’intervention extérieure, selon l’IISS.
Les pays du sud-est asiatique embarqués dans un ambitieux programme de modernisation ont importé pour 10,2 milliards de dollars d’équipement militaire en 1996, plus du quart (26,6%) du marché global.
C’est ainsi que quatre d’entre eux appartiennent au club des six Etats dont les importations dépassent le milliard de dollars: le Japon (avec 2 milliards), la Chine (1,5 milliard), Taïwan (1,3), la Corée du Sud (1,1). Qui plus est, la Thailande et l’Indonésie (tous deux 700 millions, mais avec une augmentation de 350% par rapport à 1995 dans le cas de Djakarta), Singapour (400 millions) et la Malaisie (350 millions) s’inscrivent dans le peloton de tête des onze premiers clients des marchands d’armes.
En Asie du sud, une part substantielle des équipements acquis est destinée au maintien de l’ordre. C’est le cas notamment en Inde, où émerge une force anti-insurectionnelle de 50 à 60.000 hommes transférée du ministère de l’Intérieur à celui de la Défense.
La frénésie d’achat qui fait de l’Asie du sud-est le second marché derrière le Moyen-Orient devrait perdurer, sauf récession durable qui viendrait contrecarrer les options stratégiques et politiques, dans les neuf pays membres de l’ASEAN notamment, prédit l’IISS.
La Chine qui rêve d’asseoir son statut de superpuissance régionale, a donné la priorité à ses forces stratégiques et à ses missiles. Plus mobile et mieux préparée à la défense des frontières, l’Armée populaire de libération (APL) peut également mieux faire face «aux problèmes majeurs de sécurité intérieure».
L’approche chinoise
Reste que le pays n’a toujours pas la possibilité de projeter des forces conventionnelles significatives au-delà de son territoire, souligne l’institut pour lequel cette caractéristique demeurera vraie «dans les années à venir».
L’IISS brosse par ailleurs un tableau contrasté de l’approche chinoise vis-à-vis du monde extérieur.
Les importations d’armes restent en déclin, mais les pesanteurs du programme national de fabrication d’armement encouragent les approvisionnements en Russie. Pékin a ainsi pris livraison de 24 Sukhoi SU-27 supplémentaires en 1996, et devait recevoir en 97 deux sous-marins 636. Dans le même temps, la politique d’exportation «continue de susciter l’inquiétude en terme de dissémination des armes de destruction massive, de prolifération et de distribution d’armes légères à des belligérants».
Au plan international, la Chine, dernier pays à avoir pratiqué un test atomique, a toutefois consenti trois gestes significatifs: en signant courant 1996 le traité sur l’interdiction des essais nucléaires, en ratifiant la Convention sur les armes chimiques, acceptant du même coup pour la première fois le principe de visites d’inspection sur son territoire, et en mettant à disposition des troupes dans l’éventualité d’une mission de maintien de la paix onusienne.
Mais «la réaction de la Chine face à l’extension du rôle de défense du Japon constitue une source d’inquiétude dans la région», écrit l’IISS. Pékin a de fait sérieusement mis en garde Washington et Tokyo contre toute tentation d’ingérence au sujet de Taïwan, après la conclusion d’un accord intérimaire qui a renforcé en 1996 l’alliance de sécurité américano-nippone. Tokyo s’y engage notamment à ouvrir davantage ses infrastructures au déploiement de troupes américaines, à participer plus activement aux exercices maritimes et à la collecte de renseignements. (AFP)

