Monétaire et bancaire, la crise asiatique est en soi moins grave que certains chocs externes subis dans le passé par ces pays. Mais intervenant après plus d’une décennie de croissance ininterrompue, elle met à l’épreuve la capacité de résistance des populations à un ajustement sévère et la qualité des institutions politiques et économiques.
Pour William Overholt, directeur de la recherche asiatique chez Bankers Trust Company à Hong Kong, l’apparition dans tous ces pays, après le Japon et la Corée, de bulles spéculatives massives est le signe du déraillement de politiques économiques saines qui avaient rendu possible le «miracle asiatique».
«Ce qu’il y avait de vraiment miraculeux dans le miracle asiatique, c’était la mise en œuvre de ces politiques par les politiciens, dont le comportement normal est le clientélisme, pas le rationalisme économique», explique-t-il.
Selon lui, le facteur qui a poussé les responsables politiques de la région sur le chemin de la vertu économique, c’était la peur du voisin. En commençant par la Corée du Sud menacée par les frères ennemis du Nord, la croissance économique est devenue la meilleure défense contre la menace extérieure.
Contre-exemple, les Philippines «qui n’avaient pas ce problème grâce à Clarke et Subic Bay et qui n’ont commencé à agir comme un pays adulte qu’après la fermeture de ces bases américaines», fait-il observer.
«La situation en Asie est que les bons ont gagné et ont commencé à se relâcher», poursuit l’économiste de Bankers Trust. Ce sont des raisons politiques qui expliquent que les autorités thaïlandaises soient restées totalement passives face à l’émergence d’une énorme bulle spéculative immobilière ou que les Coréens aient laissé se perpétuer un mode de financement des conglomérats industriels conduisant droit dans le mur.
Mais dans le monde entier, constate Bill Overholt, «les politiciens attendent pour agir qu’un problème éclate et les morde sauvagement».
Maintenant, la crise est là et «elle constitue un test pour la capacité de direction et pour les structures politiques» de ces pays, estime Claude Smadja, le directeur général du World Economic Forum.
Sortir de la crise «va conduire à un ajustement douloureux et imposer des décisions difficiles», explique M. Smadja, dont la fondation, organisatrice des rencontres annuelles de Davos, réunit la semaine prochaine à Hong Kong le 6e sommet économique de l’Asie de l’Est. «Est-ce que la volonté politique de prendre ces décisions existe?», interroge-t-il.
Mercredi, l’Indonésie s’est placée volontairement sous la tutelle du FMI, en reconnaissant que ses seuls efforts ne suffiraient pas à ramener la confiance. (AFP)


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