La crise politique qui a fait éclater son gouvernement est précisément due à cette ambition de demeurer parmi les pays européens qui comptent.
Par nature calme et réfléchi, Romano Prodi a peu à peu séduit par son style débonnaire, mais aussi parce qu’il s’est naturellement tenu à l’écart de la politique-spectacle et de la médiatisation à outrance, pour se consacrer au chantier de la modernisation et des réformes profondes de l’Etat.
Sa réputation d’honnêteté a également été un sérieux atout, alors qu’une partie de la classe politique et du monde des affaires se retrouvait devant les tribunaux pour corruption.
Il en est résulté, depuis un an et demi, un climat politique dont la sérénité tranche avec le caractère flamboyant de son prédécesseur Silvio Berlusconi, aujourd’hui chef de l’opposition de droite.
Chef de file de l’alliance de centre-gauche L’Olivier, sortie victorieuse des élections législatives du 21 avril 1996, Romano Prodi, catholique convaincu, est l’une des rares personnalités de l’ancien régime démocrate-chrétien en Italie dont la compétence en matière économique et la modération politique sont reconnues aussi bien à gauche qu’à droite.
Il s’est réellement fait connaître pendant la campagne électorale de 1996, sillonnant inlassablement l’Italie du nord au sud pendant des mois pour rattraper un énorme retard de notoriété sur son principal adversaire Silvio Berlusconi.
Manque de charisme
Né le 9 août 1939 en Emilie-Romagne, la riche région «rouge» de l’Italie centrale où il retourne souvent et dont il apprécie le savoir-vivre, il est devenu professeur d’économie et de politique industrielle à Bologne et à Havard (Etats-Unis) après des études à l’université catholique de Milan et à la London School of Economics.
Bien que refusant l’étiquette de grand patron ou de grand commis de l’Etat, ce souriant professeur a occupé des postes-clés du monde économique italien.
Proche de l’ancienne Démocratie Chrétienne et aujourd’hui du Parti populaire italien (PPI) qui l’a remplacée, il a commencé sa carrière comme ministre de l’Industrie de novembre 1978 à mars 1979 dans le gouvernement du démocrate-chrétien Giulio Andreotti.
Revers de la médaille, sa simplicité lui a valu des critiques pour son manque de charisme. La télévision a longtemps été son talon d’Achille, avant que l’Italie ne découvre qu’il était capable de tenir sa place face aux talents médiatiques de Silvio Berlusconi, lors d’un duel télévisé à la veille d’un scrutin décisif.
Grand patron apprécié à l’étranger, M. Prodi a dirigé par deux fois l’IRI, le premier groupe public italien, dont les activités vont du transport aérien (Alitalia) à la mécanique (Finmeccanica) en passant par les télécommunications (Stet).
Il est le promoteur d’une politique, toujours en cours, de privatisations de l’IRI, dont il a contribué à redresser les comptes. Il est toutefois l’objet d’une enquête judiciaire sur les conditions de la vente d’une société de l’IRI.
Fils d’un ingénieur et d’une institutrice, il a comme ses six frères la passion de l’enseignement universitaire, mais aussi celle de la bicyclette, sur laquelle il parcourt le dimanche plusieurs dizaines de kilomètres, lorsque ses activités lui en laissent le temps. (AFP)


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