Selon les observateurs, les taux d’intérêt à court terme allemands, actuellement à un plus bas historique, devront être relevés d’un point de pourcentage d’ici la fin de 1998 afin de les harmoniser avec ceux des autres pays qui participeront à la première vague de l’euro dès le 1er janvier 1999.
La Bundesbank a décidé mardi de maintenir à 3,0% le taux de ses appels d’offres, mais pour Gernot Nerb, économiste de Salomon Brothers, la véritable question est de savoir à quelle date elle relèvera ses taux.
«D’ici la fin de l’an prochain, le taux des appels d’offres devra s’être rapproché de ceux des autres pays européens», affirme-t-il.
Toute hausse de taux, qu’elle soit rendue nécessaire ou non par l’accélération de la reprise, pose un épineux problème pour la Bundesbank et le chancelier Helmut Kohl face à une opinion publique qu’ils doivent préparer à l’abandon du mark.
Depuis sa création en 1957, la banque centrale allemande élabore sa politique essentiellement en fonction d’objectifs domestiques — stabilité du mark et faible inflation.
Mais à l’approche de l’UEM, les membres de la Bundesbank ont désormais conscience qu’il leur faudra porter leur part du fardeau afin d’assurer le démarrage en douceur de la monnaie unique européenne.
Pour soutenir la reprise économique, la Bundesbank a opté depuis cinq ans pour la flexibilité monétaire, ramenant le taux des appels d’offres à 3,0%.
Les rendements à
long terme
Dans le même temps, le niveau élevé de l’inflation a conduit des pays comme l’Espagne et l’Italie à maintenir les taux du marché monétaire à respectivement 5,0% et plus de 6,0%.
Afin que l’euro soit stable dès le départ et que puisse s’élaborer une véritable politique monétaire commune, les taux des différents pays participant à l’UEM devront avoir convergé d’ici la fin de l’an prochain.
Chacun devra donc faire sa part du chemin. L’Allemagne devra, selon les économistes, relever par étapes le taux de ses appels d’offres d’environ 25 points de base à la fin de cette année, de 25 points supplémentaires d’ici mai 1998, date à laquelle seront fixés les taux de conversion à l’euro, puis d’un demi-point au cours du second semestre 1998.
Pour Eckhard Schulte, économiste de l’Industrial Bank of Japan, le premier appel d’offres de la future Banque centrale européenne (BCE) devrait se faire autour de 4,0%, un taux réaliste pour le Portugal et l’Italie mais également pour la France et l’Allemagne.
Les observateurs ne s’inquiètent guère des conséquences d’une telle hausse de taux sur l’économie allemande. Ils soulignent que de toute façon, la banque centrale devra relever ses taux en raison de l’accélération de la croissance, UEM ou non.
Les économistes notent en outre que le taux de rendement des emprunts longs du gouvernement, les Bunds, restera probablement autour de 5,5% un niveau qui devrait stimuler les dépenses d’investissement.
La question essentielle pour la reprise économique concerne les rendements à long terme, estime Schulte.
La conséquence la plus tangible d’une hausse des taux devrait, du moins en théorie, être une progression du mark qui pourrait freiner les exportations.
Mais là encore, les économistes sont optimistes: la devise allemande ne devrait pas dépasser les 1,70 pour un dollar et la demande pour les produits allemands à l’étranger devrait rester soutenue.
«La Bundesbank a de la chance. L’économie relève la tête au moment où ils ont besoin de remonter les taux pour l’UEM», constate Gernot Nerb. (Reuter)

