Des centaines d’adolescents et d’enfants polynésiens ont travaillé sur les sites des essais nucléaires français dans le Pacifique, selon une étude sociologique indépendante présentée par le Conseil œcuménique des églises (COE).
D’autre part, plus de 90% des personnes qui ont travaillé sur ces sites n’ont pas confiance dans le système de santé officiel français et souhaitent une étude médicale indépendante sur la recrudescence de cancers et autres maladies imputées à la radioactivité, selon cette étude réalisée l’an dernier sur un échantillonnage représentatif de 737 anciens salariés.
En trente ans de tests nucléaires, 10.000 à 15.000 personnes ont travaillé sur les sites nucléaires, selon des estimations citées par le document.
L’enquête est présentée comme la première étude indépendante sur les personnes qui ont travaillé sur les sites nucléaires du Pacifique pendant la période allant de la préparation des premiers essais de 1966 à la fermeture des installations l’an dernier.
Elle a été menée par l’organisation non-gouvernementale polynésienne Hiti Tau, l’Eglise évangélique de Polynésie française et deux sociologues néerlandais de l’université de Wageningen, précise le COE, qui a coordonné les travaux avec deux autres institutions.
Le rapport de plus de 220 pages publié sous le titre «Mururoa et nous», affirme que 10% des travailleurs avaient moins de 18 ans, 6% moins de 16 ans et 0,3% moins de 10 ans.
Leur embauche, interdite, a pu se faire grâce à des détournements de la réglementation, dit le livre publié par le Centre de documentation et de recherches sur la paix et les conflits de Lyon (France).
Il rapporte notamment le témoignage d’un peintre, Pollo, qui dit avoir eu 12 ans lorsqu’il est allé à Mururoa.
Zones à risque
«Ce récit montre qu’on demandait à des enfants de travailler dans des zones à risque de contamination immédiatement après les essais», affirme le livre.
Selon l’étude, un tiers des salariés a travaillé plus de dix ans sur l’un des sites. 41% ont dit avoir travaillé dans des zones probablement contaminées, la plupart pendant la période des essais à l’air libre, de 1966 à 1974.
Près de 70% devaient porter des vêtements de protection.
Vingt et un pour cent de tous les employés interrogés ont répondu avoir été exposés à la radioactivité.
Une des préoccupations majeures des anciens travailleurs concerne leur santé et celle de leurs enfants maintenant que les essais sont terminés.
Aucune recherche épidémiologique à long terme n’a été effectuée par la France, et seuls 48,5% des travailleurs ont été examinés à la fin de leur séjour sur les sites, poursuit l’étude.
«En général, il n’y a pas de confiance dans le système de santé actuel, comme le démontre le fait que 91,3% des travailleurs aimeraient qu’une étude médicale indépendante puisse être entreprise», dit l’étude.
L’étude demande «que la France prenne ses responsabilités» et réponde à l’anxiété des anciens employés. Elle recommande une étude comparative sur le cancer en Polynésie et dans la région.
L’enquête relève un certain nombre de cas dramatiques d’irradiation ainsi que la recrudescence d’empoisonnements, l’augmentation subite de fausses couches, d’enfants mort-nés, de cancers et autres maladies. (AFP)

