Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Tribune Je prix, tu sauves, ils démollissent

De Gaby Bustros, cette tribune

Le bel immeuble de Sodeco, qui a pu être sauvé in extremis, est un exemple parfait de ce qui se passe chaque jour au Liban dans tous les domaines concernant notre patrimoine, naturel et historique: c’est l’ensemble du pays qui est en flammes et nous en sommes chaque fois à courir après un robinet!.
En général, c’est par le téléphone que la nouvelle tombe: «L’immeuble va être démoli demain à l’aube!... «La carrière reprend ses travaux!...» «Le village va être rasé»... «La forêt va être traversée par une nouvelle autoroute!»... Etceteri etcetera.
A l’instant, la tension artérielle fait un triple bond, le cœur bat à crever, les oreilles bourdonnent... Et on commence à s’agiter comme un poulet sans tête, tandis que partent les coups de fil tous azimuts, pour consulter l’avocat, alerter la presse, mettre les amis à contribution, et couper l’herbe sous les pieds de l’ennemi. Ultime tentative: atteindre à tout prix le premier ministre (mon Dieu! faites qu’il accepte!) ou la première dame, bref, quelqu’un qui, d’un seul mot, peut renverser la situation. Il s’agirait d’un condamné à mort, le suspense ne serait pas plus intense. Et pendant que se multiplient les interventions, que s’additionnent les preuves, l’attente peut durer un mois.
Pourra-t-on sauver l’arbre et la pierre, ces quelques vestiges-témoins d’un Liban qui a vécu? D’un Liban ouvert et harmonieux, sans complexe de culpabilité ou d’infériorité, à l’avant-garde des idées et de son environnement régional... Ou bien faut-il se résigner, et admettre que la guerre a enterré à jamais, jusqu’à l’image de ce passé? Pour en revenir à nos propos, ces combats de la 25e heure frénétiques et désespérés, ne pourraient-t-ils être évités? Nos nerfs s’en porteraient mieux et nous pourrions vaquer à des occupations tout aussi urgentes, et bien plus constructives. Pourquoi diable ce dialogue de sourds entre l’Etat d’une part (qui déclare enfin vouloir sauvegarder le patrimoine) et ses exécutants (directeurs généraux et présidents de municipalités moribondes) qui cautionnent des permis hautement nuisibles, et déclarés illégaux: comme d’abattre une falaise à Tabarja pour y ériger un énième complexe privé, de projeter un Country-Club au pied de l’aqueduc romain à Anater Zbeideh, ou d’élargir une vieille ruelle, entraînant la démolition de quatre à dix maisons?..
L’intérêt du pays est-il si difficile à comprendre pour qu’il faille, à chaque fois, déranger jusqu’aux plus hautes instances? Notre cause est-elle si farfelue qu’on continue de nous prêter des intentions louches?.
A la base, il y a sûrement malentendu. Malentendu sur les termes, d’abord. Liberté ne veut pas dire Malhonnêteté. Et Démocratie ne veut pas dire Anarchie. Précisons aussi que Terrain ne signifie pas Chèque en blanc. Et construire ne rapporte plus comme hier... D’où des règlements nécessaires auxquels tous doivent se plier.
Bien que nous ayons pu empêcher quelques-unes des catastrophes précitées, nous ne dormirons pas tranquilles... Face à notre petit nombre et à notre détermination, il y a une mauvaise volonté, une telle hypocrisie, qu’un jour même nous serons tentés de dire... «Au Diable! Autant en emporte le vent». Nous, les militants, actifs, des associations de protection...

G.B.
De Gaby Bustros, cette tribuneLe bel immeuble de Sodeco, qui a pu être sauvé in extremis, est un exemple parfait de ce qui se passe chaque jour au Liban dans tous les domaines concernant notre patrimoine, naturel et historique: c’est l’ensemble du pays qui est en flammes et nous en sommes chaque fois à courir après un robinet!.En général, c’est par le téléphone que la nouvelle tombe: «L’immeuble va être démoli demain à l’aube!... «La carrière reprend ses travaux!...» «Le village va être rasé»... «La forêt va être traversée par une nouvelle autoroute!»... Etceteri etcetera.A l’instant, la tension artérielle fait un triple bond, le cœur bat à crever, les oreilles bourdonnent... Et on commence à s’agiter comme un poulet sans tête, tandis que partent les coups de fil tous azimuts, pour consulter...