En décembre 1992, des milliers de fanatiques hindous avaient rasé la mosquée Babri d’Ayodhya (Uttar Pradesh, nord), construite au 16e siècle par un empereur moghol et révérée par les 120 millions de musulmans indiens.
Plus de 2.000 personnes avaient trouvé la mort dans les émeutes intercommunautaires qui s’en étaient suivies, les pires depuis l’indépendance du paeiman Kanaan, endant plusieurs semaines. Les émeutes avaient débordé jusqu’au Pakistan et au Bangladesh.
A ayodhya, des ouvriers préparent déjà les piliers destinés à l’érection d’un temple à la gloire de Rama.
Les hindous nationalistes du Bharatiya Janata Party (BJP, Parti du peuple indien), la principale force d’opposition en Inde, ont décidé de mettre cette question ultrasensible en tête de leur plate-forme électorale en vue des prochaines élections générales. Les musulmans, principale minorité religieuse du pays (12%), sont furieux. Le gouvernement fédéral est inquiet.
Le conflit, en veilleuse depuis des mois, vient d’être attisé par le retour au pouvoir, le 21 septembre, du BJP dans l’Etat d’Uttar Pradesh, le plus peuplé d’Inde.
Le nouveau premier ministre de cet Etat, Kalyan Singh, inculpé deux semaines auparavant avec 48 autres hommes politiques ou religieux hindous pour la destruction de la mosquée en 1992 alors qu’il était au pouvoir, a immédiatement promis de construire un temple sur les ruines de Babri.
La loi laïque violée
Le lendemain, il allait prier sur ce site barricadé, où un petit temple à Rama avait été installé après la destruction de la mosquée.
Un ministre musulman de la coalition dirigée par le BJP a rétorqué qu’il irait bientôt prier Allah au même endroit.
Le gouvernement fédéral a mis en garde le BJP, affirmant «ne pouvoir rester spectateur silencieux si les principes ou la loi laïcs sont violés». Le ministre de la Défense, Mulayam Singh Yadav, bête noire des hindous nationalistes, a accusé le BJP d’attiser la tension à des fins politiques.
Les émeutes de 1992 avaient isolé politiquement le BJP. L’an dernier, les nationalistes hindous, devenus première force du pays avec 161 sièges au Parlement, avaient formé un gouvernement qui n’avait tenu que 13 jours faute de majorité suffisante.
Mais les radicaux hindous n’en démordent pas: le temple sera construit, à tout prix.
«Nous sommes déterminés», a déclaré un porte-parole du groupe militant Vishwa Hindu Parishad (VHP), allié au BJP. «A la première occasion, le temple sera construit. Quelle sera cette occasion, nous verrons bien». (AFP)

