«Nous nous sentons visés par les commentaires parus dans la presse britannique car les médias se focalisent sur l’islam au lieu de prendre pour cible le régime séoudien ou de s’intéresser à la victime», souligne Ahmed Versi, rédacteur en chef du journal «Muslim News».
L’ensemble de la presse britannique a exhorté le gouvernement à agir afin d’épargner aux deux infirmières le sort qui pourrait leur être réservé si le régime judiciaire séoudien est appliqué à la lettre, ce qui n’a cependant pas été le cas pour des Occidentaux depuis des décennies.
Deborah Parry accusée du meurtre d’une consœur australienne, Yvonne Gilford, en décembre dernier dans un hôpital séoudien, risque la décapitation tandis que Lucille McLauchlan, accusée de complicité dans cette affaire, a été condamnée à la flagellation et à huit ans de prison, — une sentence contre laquelle le Foreign Office a déjà protesté.
«The Independent» (centre gauche) a carrément porté le débat au niveau d’une nouvelle confrontation religio-culturelle entre l’Occident et l’Orient.
Sur un ton plus sensationnaliste, le «Mirror» pressait le premier ministre «Tony» de ne pas «les laisser décapiter Debbie» et qualifiait de «totalement barbare» la flagellation.
«Les médias britanniques se sont saisi d’une nouvelle occasion pour diaboliser les musulmans», a estimé Fouad Nahdi, rédacteur en chef de «Q-News», hebdomadaire britannique destiné aux musulmans.
«La décapitation serait barbare mais la peine de mort en vigueur aux Etats-Unis ne le serait pas?» s’est-il interrogé.
«L’idée que des valeurs différentes de celles de l’Occident puissent exister est inacceptable», a-t-il commenté. «Ce qui ne fait pas partie de la culture occidentale est qualifié de barbare».
Néanmoins, la communauté musulmane du Royaume-Uni, forte d’environ deux millions de personnes pour la plupart d’origine indo-pakistanaise, tient à se distancier de l’Arabie Séoudite. Elle va même jusqu’à mettre en doute la conformité du jugement prononcé contre Lucille McLauchlan avec la «charia» (loi islamique).
«Moi-même je me demande d’où ils sortent ce chiffre de 500 flagellations, bien que je ne sois pas contre la conception musulmane du châtiment», a dit le rédacteur en chef de «Q-News».
«La presse ne distingue pas entre la loi coranique et son application séoudienne», a renchéri Ahmed Versi.
«Nous sommes pris entre deux feux: si nous défendons la position de l’islam, nous aurons l’air de défendre les Séoudiens», a dit M. Nahdi. Mais «pourquoi ceux qui mènent campagne contre ces jugements ne le font pas pour toute personne jugée?» a-t-il demandé. (AFP)


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