Les grands argentiers des 25 pays du Forum Asie-Europe (ASEM) sont convenus, durant les quatre heures de discussions, de «renforcer la coopération financière et douanière», prendre des «mesures concrètes contre le blanchiment de l’argent» et se consulter régulièrement sur les politiques macro-économiques.
Si les débats se sont concentrés sur les turbulences monétaires en Asie du Sud-Est, ils n’ont débouché du côté asiatique sur aucune initiative pour ramener la stabilité sur les marchés régionaux.
Les ministres de l’Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN) ont appelé à lutter contre les spéculateurs et les «cow-boys de la finance», mais ils ont renoncé à créer un fonds monétaire régional de solidarité avec l’appui du Japon, comme l’idée en avait été lancée par les Thaïlandais.
Les Quinze ont vanté les vertus du modèle d’intégration européenne, en particulier de la monnaie unique, qui selon eux contribuera au «rééquilibrage du système monétaire international.
«Nous sommes prêts à faire bénéficier d’autres zones de l’expérience acquise» en matière de coopération monétaire régionale, a expliqué le ministre français de l’Economie et des Finances, Dominique Strauss-Kahn.
Mais l’exercice de Bangkok a aussi montré les limites de la concertation entre l’Asie et l’Europe, selon les observateurs. Seulement cinq des 15 ministres des Finances de l’Union européenne s’y sont déplacés.
Le dialogue «est utile mais il a besoin de se roder encore pour mieux se connaître», a reconnu M. Strauss-Kahn.
Des divergences sont même apparues sur l’ouverture des marchés financiers, les Européens poussant à la roue, les Asiatiques s’inquiétant d’une libéralisation trop rapide.
Le commissaire européen pour les affaires économiques et monétaire, Yves Thibault de Silguy, a estimé que la tempête monétaire en Asie du Sud-Est «n’est pas une raison pour retarder» l’accord de l’Organisation Mondiale du Commerce sur la libéralisation des services financiers, prévu en décembre.
«Il n’y a pas de liens entre la crise monétaire et la libre circulation des capitaux», a-t-il insisté, en assurant que l’ouverture des marchés financiers «est une réponse nécessaire à la mondialisation et aux déséquilibres macroéconomiques».
En revanche, pour le vice-premier ministre et ministre des Finances malaisien, Anouar Ibrahim, la déréglementation financière prônée par l’Occident doit s’accompagner d’un «mécanisme efficace» pour «protéger les marchés, particulièrement les marchés émergents contre les spéculateurs».
«Nous attendons des réponses des Européens», a affirmé M. Anouar.
Les pays de l’ASEAN, qui attribuent à la spéculation l’essentiel de leurs maux actuels — quand les Européens y voient plutôt le résultat de la fragilité de leurs systèmes financiers et de l’absence de coopération monétaire régionale —, ont l’intention de porter la question devant le Fonds Monétaire International la semaine prochaine à Hong-Kong.
La réunion de Bangkok s’inscrivait dans le suivi de la création, en mars 1996 à Bangkok, de l’ASEM, club informel destiné à développer les liens entre les deux continents. L’Asie et l’Amérique siègent déjà au sein du Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC) depuis 1989.
L’ASEM regroupe les 15 membres de l’UE et la Commission européenne, sept membres de l’ASEAN, la Chine, le Japon et la Corée du Sud.
Son prochain sommet aura lieu à Londres en avril 1998 et la deuxième rencontre des ministres des Finances dans un pays de l’UE en 1999.


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