A la Douma (chambre basse du Parlement), 358 députés se sont prononcés pour le texte, 6 contre et 4 se sont abstenus. Selon les opposants, la loi limite gravement les activités des religions minoritaires ou nouvellement implantées en Russie, dont les églises catholiques et protestantes.
L’orthodoxie est la religion majoritairement pratiquée par les Russes, suivie de l’islam, du judaïsme et du bouddhisme.
Le texte doit encore être approuvé par le Conseil de la Fédération, ou chambre haute, pour être définitivement adopté. Les sénateurs devraient se prononcer mardi ou mercredi prochain, et leur accord ne fait aucun doute, a estimé l’un d’eux, Sergueï Ivanenko.
Les députés ont voté une version modifiée d’une loi initiale à laquelle le président russe Boris Eltsine avait mis son veto le 22 juillet. Le président russe avait jugé le premier texte «discriminatoire».
Le pape Jean-Paul II, le Sénat américain et l’Union européenne avaient vigoureusement protesté contre la première mouture de la loi.
La nouvelle version du texte stipule dans son préambule que le christianisme dans son ensemble, et non seulement l’orthodoxie, est une composante de «l’héritage historique du peuple russe», au même titre que l’islam, le bouddhisme et le judaïsme.
Mais le projet de loi maintient que les églises ne peuvent bénéficier d’une liberté d’expression totale qu’à condition de prouver une existence d’au moins 15 ans sur le sol russe.
Les églises catholiques ou protestantes, contraintes à la clandestinité à l’époque soviétique, sont dans la quasi-impossibilité d’apporter une telle preuve.
«Discriminatoire»
Le projet de loi leur interdirait dans ce cas de distribuer de la littérature religieuse, de fonder des écoles ou des journaux, selon les organisations russes des droits de l’homme.
Les représentants des catholiques, de l’Union des baptistes, des pentecôtistes et des adventistes ont dénoncé la nouvelle loi comme «discriminatoire» et «anticonstitutionnelle», dans un message adressé le 11 septembre à M. Eltsine.
Ils ont annoncé retirer leur signature, qu’il avaient initialement apposée à un texte de compromis dans l’espoir de voir leurs revendications prises en compte.
La minorité démocrate de la Douma a tenté vendredi de repousser l’examen du texte pour tenir compte de ces critiques, mais cette proposition a été rejetée par la majorité communiste et nationaliste de l’Assemblée.
«Ce qui m’inquiète aujourd’hui, c’est le rapprochement actif entre les opposants de la loi à l’étranger et en Russie, et ce rapprochement est fondé sur une position antirusse», a affirmé le communiste Viktor Zorkaltsev, rapporteur de la nouvelle version de la loi.
M. Zorkaltsev a affirmé que le texte final «était la même loi», pour l’essentiel, que celle initialement rejetée par M. Eltsine.
«Tous les amendements ne changent ni la structure ni la conception de la loi» s’est-il félicité.
Les communistes russes, qui avaient réprimé la pratique religieuse à l’époque soviétique, affirment aujourd’hui vouloir défendre l’orthodoxie en tant que fondement de l’identité nationale russe.
Environ deux cents personnes, en majorité des catholiques et des protestants russes, ont manifesté vendredi matin devant le bâtiment de la Douma pour protester contre le projet de texte mis à l’examen.
«Nous ne voulons pas que les orthodoxes soient les seuls à pouvoir pratiquer leur religion (…). C’est une loi qui nous renvoie à la dictature», a déclaré un des manifestants, Serguei Kolechna, 29 ans, membre de l’église chrétienne charismatique (protestante).
Les députés ont voté sans débat préalable, au motif qu’il ne s’agissait que d’un nouvel examen d’un texte déjà discuté avant le veto de M. Eltsine. (AFP)

