Huit sans-logis israéliens, qui ont demandé l’asile politique à l’Autorité palestinienne, se sont installés dans la ville autonome de Jéricho où ils sont traités comme des rois.
Les huit juifs sépharades, dont un bébé, font partie d’un groupe de squatters qui avait lancé en juillet une campagne contre la cherté des loyers en Israël, en occupant des appartements publics. Trois d’entre eux étaient allés jusqu’à menacer de se suicider en faisant exploser des grenades si le gouvernement ne leur fournissait pas de logement.
Se disant choqués par les méthodes violentes employées par le gouvernement israélien pour les déloger, les trois sans-logis se sont tournés jeudi dernier vers l’Autorité palestinienne, trop contente, en l’occurrence, de faire un pied de nez au gouvernement de Benjamin Netanyahu.
L’Autorité les a accueillis à ses frais à l’hôtel Jérusalem de Jéricho. Depuis, cinq autre sans-logis les ont rejoints, et 120 familles seraient, selon eux, en attente.
«Les Palestiniens sont aux petits soins avec nous», se réjouit Shlomo Buzit, 29 ans, un juif religieux, installateur d’alarmes. Le chef de la sécurité palestinienne en Cisjordanie Jibril Rajoub «nous téléphone tous les jours pour s’assurer qu’il ne nous manque rien», dit-il. «Ils nous fournissent les couches pour les enfants, et même de la nourriture cachère qu’ils font venir de Jérusalem», se félicite-t-il.
Entre deux baignades dans la piscine mise à leur disposition par M. Rajoub, les sans-logis organisent conférences de presse et contacts avec l’opposition israélienne pour essayer d’attirer l’attention sur leur «détresse».
Ils dénoncent avec amertume la politique de M. Netanyahu, pour qui ils ont pourtant tous voté aux élections qui l’ont porté au pouvoir en mai 1996.
«J’ai collé des affiches du Likoud (de M. Netanyahu) avant les élections. Mais ce gouvernement m’a trahi en se désintéressant du problème des plus démunis», déclare M. Buzit, qui a quitté la France pour s’installer en Israël il y a quatre ans.
Originaires du Maroc, de Tunisie ou d’Iran, ils montrent du doigt la discrimination dont souffrent, selon eux, les sépharades en Israël, qui peuplent les couches les plus défavorisées de la société.
«Les Russes, qui ne sont pas tous juifs, bénéficient d’avantages financiers. Est-ce normal?», s’interroge M. Buzit.
Déçus, ces sans-logis prétendent vouloir retourner dans leur pays d’origine, voire prendre la nationalité palestinienne. «Au moins ici, l’accueil est chaleureux», s’exclame Nahum Maalem Humi, 38 ans.
Ils ont le sentiment de trouver une meilleure écoute auprès des responsables palestiniens. «Nous avons discuté avec les responsables de la ville. Ils nous comprennent. Nous avons rejoint le camp des faibles», explique M. Buzit.
Prudemment, l’Autorité palestinienne a préféré ne pas prendre parti pour le moment sur leur demande d’asile. «Pour l’instant, ils sont accueillis en tant qu’invités de l’Autorité palestinienne dans les territoires sous son contrôle», a déclaré le ministre des Collectivités locales, Saëb Erakat.(AFP)

