L’adoption d’une loi permettant aux Roumains l’accès aux archives de la Securitate (police politique communiste) divise depuis plusieurs jours la majorité chrétienne-démocrate du pouvoir roumain, tout en provoquant un vif débat au sein de la coalition gouvernementale.
Le scandale a éclaté en raison des pressions exercées par l’initiateur du projet de loi, le sénateur Ticu Dumitrescu, auprès de ses collègues pour que cette loi soit débattue en «procédure d’urgence» par le Parlement.
Ticu Dumitrescu, un sexagénaire qui a passé 10 ans dans les prisons communistes, reproche à ses collègues la «lenteur, voire leur opposition» à l’égard de son projet de loi, dont l’adoption rapide a été l’un des engagements électoraux des chrétiens-démocrates et dont il a fait depuis plus de quatre ans son principal combat.
Son texte déposé au Parlement stipule notamment que «tout citoyen roumain a libre accès à son propre dossier établi par la Securitate».
Un «Comité national pour la consultation des archives de la Securitate» sera autorisé à ouvrir les dossiers à «des personnes qui occupent des fonctions publiques ou d’Etat, à partir du président de la République et jusqu’au gouverneur de la Banque nationale».
Le problème à résoudre actuellement est de savoir si la loi permettra aux Roumains d’apprendre aussi les noms des anciens informateurs, ce qui est un sujet très sensible en Roumanie depuis la révolution de décembre 1989.
Sur un total de 300.000 dossiers, les archives conservées contiennent pas moins de «4 km de listes» avec les noms des informateurs qui étaient à l’époque du régime de Nicolae Ceausescu entre 100 et 150.000, selon des estimations fournies par le Parlement.
«L’absence d’une telle loi abandonne la Roumanie dans le giron de l’ex-URSS et du KGB», estimait récemment le quotidien Ziua.
Face aux pressions des médias, tous les hauts responsables se sont sentis obligés de réagir. Ainsi, le président Emil Constantinescu et le premier ministre Victor Ciorbea, tous deux des chrétiens-démocrates, ont souligné que «les Roumains ont le droit d’avoir accès à leur propre dossier tout comme de savoir si les hauts dignitaires avaient collaboré» avec l’institution la plus haïe du régime communiste.
Des dossiers
trafiqués
Mais, a récemment estimé le chef de l’Etat, «les personnes qui font l’objet de ces dossiers ne doivent pas être blessées par la divulgation de ces informations».
Le numéro 2 du pays, Petre Roman aujourd’hui président du Sénat et principal allié de la coalition au pouvoir, a lui aussi exprimé son accord tout en souhaitant que la nouvelle loi ne provoque pas une «chasse aux sorcières».
«Les dossiers de certaines personnalités ont été trafiqués par la Securitate», a averti Roman. Il a rappelé le cas de Corneliu Coposu, le dirigeant historique des chrétiens-démocrates qui avait passé 17 ans en prison sous les communistes et qui était accusé — à tort — par le pouvoir de l’ancien président Ion Iliescu, d’avoir été «un informateur de la Securitate».
Personne au sein de la coalition au pouvoir ne s’oppose à l’adoption d’une telle loi, et certains expliquent que le retard de son adoption serait justifié par le fait que le Parlement doit travailler d’abord sur les lois de la réforme économique. «Cette loi pourrait très bien être adoptée au début de l’année prochaine», a ainsi estimé le premier ministre Ciorbea.
Pour sa part, le sénateur Dumitrescu s’obstine à considérer que «ceux qui nous ont détruit la vie pendant un demi-siècle doivent être connus». Pour ses positions virulentes contre ses collègues, il a été déféré au Conseil d’honneur des chrétiens-démocrates et risque même d’être exclu de son parti. (AFP)

