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Actualités - Reportage

Ile aux quatre misères Madagascar : Vanille sans vanité

Les IIIe jeux de la Francophonie organisés à Madagascar auront mis un peu en lumière une île qu’on ne connaît pas beaucoup, et qui sent pourtant la vanille dont elle est le premier exportateur mondial. A mi-chemin entre l’Afrique et l’Indonésie ses rives ont vu débarquer des colons européens, des commerçants indonésiens ou chinois et des esclaves importés d’Afrique. Les brassages ont contribué à façonner un type assez marqué, dit malgache. Composé de 6 ethnies, la population reste attachée à sa culture et à ses traditions tout en recherchant l’ouverture sur le monde. Objectif difficile car l’île est trop loin de tout et de surcroît trop pauvre…
Madagascar est en effet l’un des 12 pays les plus pauvres du monde. Son PNB est estimé à 240 dollars per capita. La «grande île» offre souvent un spectacle désolant. A Tananarive, la capitale, on est loin de l’image idyllique des archipels de l’Océan indien. Perchée sur les hauts-plateaux du centre à 1.425 mètres d’altitude, Tananarive (ou Antananarivo), toute en collines, est pour les habitants de la brousse le lieu de tous les espoirs. Et bien souvent de cruelles désillusions! Depuis une dizaine d’années, l’exode rurale en s’intensifiant draine un flot de sans-abris.
Ici on les appelle les «quat’mis», abréviation des quatre misères. Ce qui veut dire «sans abri; sans nourriture; sans vêtements; et sans soins médicaux». Ce sont des familles entières qui traînent ainsi en guenilles dans les rues et dorment à la belle étoile. Les plus résistants mendient, les autres, recroquevillés sur des coins de trottoirs, comme des masses inertes que heurtent parfois au passage les piétons, n’attendent plus que la délivrance…
Ce qui frappe chez les Malgaches, c’est leur résignation. On est loin de l’exubérance créole. La ville baigne dans une sorte d’apathie générale générée par le chômage. «Ranary» 22 ans, fraîchement diplômé en gestion, n’arrive pas à trouver un emploi. Issu d’un milieu relativement aisé, il met son temps libre au service de l’orphelinat dirigé par sa mère Ada, une ancienne institutrice. La quarantaine, vigoureuse, elle explique comment il y a deux ans elle a décidé de reconvertir un ancien restaurant en orphelinat-garderie. Elle y recueille des orphelins mais aussi des enfants que les parents viennent lui confier. «Avec une amie, nous avons été élevées par une dame qui n’était pas notre mère. On a voulu faire de même» dit-elle simplement. Aujourd’hui ces deux femmes se retrouvent «maman» d’une centaine de gosses.
Pour fonder leur orphelinat, Ada et son amie ont dû se débrouiller toutes seules. Ici, l’Etat ne s’occupe pas de la misère. Sauf lorsqu’il s’agit de déplacer les «quat’mis» hors de la ville durant les jeux de la Francophonie, pour les entasser comme du bétail dans des camps à 300 km de la capitale. Gisèle, Ada ou encore M. Eugène, un éducateur qui s’occupe de la réinsertion des délinquants par le sport, s’arrangent pour réunir les fonds nécessaires à leur action.
«On fait appel aux dons des bénévoles, et à Médecins sans frontières pour le suivi médical des gosses». Ces sont des femmes abandonnées par leurs maris qui, en contrepartie du logement et de l’éducation de leurs enfants, s’occupent des orphelins. A Madagascar quand on a le gîte et le couvert on s’estime chanceux. Car, ici la malnutrition frappe un enfant sur deux et à peine cinq enfants sur cent sont scolarisés. Sans oublier la lèpre, ce fléau du Moyen-Age qui frappe encore là sept habitants sur mille.
Figure emblématique de l’action sociale à Tananarive, le Père Pedro, un Argentin installé depuis une dizaine d’années, est «la sœur Emmanuelle» de Madagascar. Il a construit une sorte de cité agricole et artisanale qui abrite aujourd’hui plus de 15.000 personnes.
Il reste cependant encore beaucoup à faire. Ne serait-ce que pour débarrasser les Malgaches de certaines traditions qui les enfoncent dans leur pauvreté. Ainsi, le «retournement de morts», une exhumation suivie d’un réensevelissement dans un nouveau linceul, cérémonie encore très pratiquée dans la grande île. C’est également une tradition coûteuse, puisque des dizaines de zébus (bœuf typique de Madagascar et symbole de l’île) sont sacrifiés pour le festin du clan et que pour ces frais, il arrive souvent que les familles s’endettent pour de nombreuses années.
Côté architecture, la capitale malgache offre un tableau presqu’intact de colonisation. La ville conserve dans son architecture et sa structure de fortes empreintes coloniales. Les grandes bâtisses de briques et de bois datent pour la plupart du début du siècle. Elle sont un mélange de style curo-indonésien. La hauteur des immeubles dépasse rarement les trois étages et l’ascenseur est le symbole du luxe suprême… Il y a aussi des «agglomérations» de cases traditionnelles en terre et toit de chaume. Cette capitale ressemble en fait à un bourg de province. Ses dédales et ruelles qui serpentent, montent et redescendent entre les maisons en brique aux tuiles plats, les échoppes en bois, les marchés en plein air ont un charme particulier. Ici le temps coule au ralenti, au gré du passage des pousses-pousses tirés par de jeunes garçons aux pieds nus, des femmes portant sur la tête leurs ballots de lessive ou encore des charrettes poussées par des zébus. Mais, dès que le visiteur cède à la magie des lieux, la fumée des pots d’échappement des voitures — d’époque — qu’il reçoit en plein visage le ramène à la dure réalité…
Les IIIe jeux de la Francophonie organisés à Madagascar auront mis un peu en lumière une île qu’on ne connaît pas beaucoup, et qui sent pourtant la vanille dont elle est le premier exportateur mondial. A mi-chemin entre l’Afrique et l’Indonésie ses rives ont vu débarquer des colons européens, des commerçants indonésiens ou chinois et des esclaves importés d’Afrique. Les brassages ont contribué à façonner un type assez marqué, dit malgache. Composé de 6 ethnies, la population reste attachée à sa culture et à ses traditions tout en recherchant l’ouverture sur le monde. Objectif difficile car l’île est trop loin de tout et de surcroît trop pauvre…Madagascar est en effet l’un des 12 pays les plus pauvres du monde. Son PNB est estimé à 240 dollars per capita. La «grande île» offre souvent un spectacle...