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Actualités - Chronologie

Bosnie : frustration et inquiétude deux ans après Dayton

Frustration et inquiétude ont succédé à l’espoir qu’avait fait naître il y a presque deux ans le traité de paix conclu à Dayton (Etats-Unis), dont les élections municipales des 13 et 14 septembre sont la dernière grande étape politique.

Le 21 novembre 1995, l’accord de paix faisait taire les armes après 43 mois de guerre en Bosnie-Herzégovine. Mais il partageait le pays en deux entités, la Republika Srpska des Serbes de Bosnie et la Fédération croato-musulmane.
Frontière invisible mais étanche, sur laquelle buttent toutes les tentatives de réconciliation, la ligne inter-entités court sur 1.050 km, du nord au sud de la Bosnie.
Entre Sarajevo, la capitale du pays, en territoire croato-musulman, et Pale, la bourgade de montagne proclamée «capitale» de l’entité serbe, à 15 km de là, les derniers points de contrôle de la police ont été levés.
Pourtant, la frontière est bien là. Seule indice, sur la route presque déserte, une pancarte en caractères cyrilliques annonce: «Sarajevo serbe».
Un café nommé Dayton sert de point de rencontre. C’est là que s’arrêtent ceux qui veulent faire la navette Sarajevo-Pale, et garent là leur voiture pour prendre un taxi, afin de ne pas être trahis par leurs plaques d’immatriculation.
Ecusson bleu à fleurs de lys pour les musulmans, à damiers rouges et blancs chez les Croates, en caractères cyrilliques côté serbe, ces plaques suffisent à désigner le voyageur comme un ennemi d’hier, et à bloquer presque tout mouvement de part et d’autre de la ligne.
Mostar, 130 km plus au sud. La ville martyre, livrée en 1993 et 1994 à des combats sanglants entre Croates et musulmans, reste divisée d’une rive à l’autre de la Neretva et symbolise la difficile mise en place de la Fédération croato-musulmane, née, en 1994, de l’alliance forcée entre les deux communautés.

Mosaïque

Sur les ponts reconstruits par l’UE, ne passent que de rares voitures immatriculées à l’étranger ou quelques femmes chargées de sacs à provisions. Dans les magasins, on paie en kunas croates à l’ouest, en dinars musulmans à l’est.
La Fédération ressemble à une mosaïque, où Croates et musulmans se côtoient sans se mélanger. Avec, parfois encore, des poussées de violence.
A l’infini, les exemples d’échecs dans les tentatives de réconciliation entre Serbes, Croates et musulmans se multiplient. Dayton se résume à un coûteux cessez-le-feu, garanti par la présence d’une force multinationale de 31.000 hommes, la SFOR, dont la mission doit s’achever à la mi-1998.
Le volet civil de l’accord est à ce jour un échec: entraves à la liberté de mouvement, retours de réfugiés balbutiants pour les ethnies minoritaires (musulmans en Republika Srpska par exemple), blocage des institutions politiques communes, un an après les élections générales du 14 septembre 1996.
Alors que se profile déjà le retrait de la SFOR, velléités sécessionnistes, domination des partis nationalistes et différends territoriaux non résolus, comme à Brcko, ville du nord, sous contrôle serbe mais revendiquée par les deux entités, menacent la Bosnie d’une partition ou d’une reprise des hostilités.
Malgré une première opération de la SFOR le 10 juillet à Prijedor, en territoire serbe, les criminels de guerre présumés circulent impunément. A commencer par Radovan Karadzic, le chef banni des Serbes de Bosnie, bête noire de la justice internationale, qui, depuis Pale, continue à gouverner dans l’ombre, entouré de ses proches.
Le soutien des capitales étrangères, Washington en tête, à la présidente de l’entité serbe, Biljana Plavsic, ennemie jurée des ultranationalistes de Pale, n’a pour effet que de creuser le fossé entre les deux factions.
Après avoir réclamé le 26 août un report des municipales, les «faucons» de Pale ont appelé la population de Brcko à l’insurrection contre les forces étrangères, appuyés par des médias qui dénoncent «les dangers d’une Bosnie-Herzégovine unie».
La communauté internationale semble avoir épuisé tout son répertoire diplomatique. La confusion a atteint un point tel que l’émissaire américain, Robert Gelbard, ne pouvait que constater: «Nous en sommes au moment le plus critique jamais atteint, pour la mise en œuvre du processus de paix et pour l’avenir de la Republika Srpska». (AFP)
Frustration et inquiétude ont succédé à l’espoir qu’avait fait naître il y a presque deux ans le traité de paix conclu à Dayton (Etats-Unis), dont les élections municipales des 13 et 14 septembre sont la dernière grande étape politique.Le 21 novembre 1995, l’accord de paix faisait taire les armes après 43 mois de guerre en Bosnie-Herzégovine. Mais il partageait le pays en deux entités, la Republika Srpska des Serbes de Bosnie et la Fédération croato-musulmane.Frontière invisible mais étanche, sur laquelle buttent toutes les tentatives de réconciliation, la ligne inter-entités court sur 1.050 km, du nord au sud de la Bosnie.Entre Sarajevo, la capitale du pays, en territoire croato-musulman, et Pale, la bourgade de montagne proclamée «capitale» de l’entité serbe, à 15 km de là, les derniers points de...