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«Il existe comme un pacte de non-agression entre la presse et la monarchie espagnole», explique le photographe Daniel Gluckmann, directeur de l’agence madrilène Cover, une des quelque 40 agences de reportages photo installées en Espagne.
Cette discrétion des médias demeure cependant fragile et devient de moins en moins contrôlable avec la multiplication de la presse du cœur qui se livre à une concurrence acharnée: une dizaine d’hebdomadaires pour un tirage d’environ 3 millions d’exemplaires.
Le petit écran prend peu à peu le relais de la presse écrite et les émissions roses quotidiennes fleurissent sur la quasi-totalité des chaînes. Elles sont diffusées à des heures de grande écoute et battent régulièrement des records d’audience tant les Espagnols sont friands de grands déballages sentimentaux, de confidences de grands de ce monde, ou tout simplement de savoir qui couche avec qui entre acteurs, présentateurs de TV, matadors, etc.
Dans cette jungle médiatique, la monarchie espagnole est généralement épargnée et son image jalousement protégée par la Maison royale: une famille unie, sportive, présente dans les grandes épreuves que traverse le pays comme le terrorisme entreprenant de fréquents voyages pour représenter l’Espagne à l’étranger.
Symbole intouchable
Mais la tâche du service de presse de la Zarzuela (palais royal) n’a pas toujours été facile, notamment au début des années 90. Une photo du roi Juan Carlos dans le plus simple appareil, publiée par l’hebdomadaire italien «Oggi», avait été reprise par la presse espagnole en même temps que des rumeurs sur une liaison avec une décoratrice catalane. Le chef du gouvernement, le socialiste Felipe Gonzalez, avait alors évoqué la possibilité d’une campagne d’origine étrangère destinée à affaiblir l’Espagne.
L’année dernière, le prince héritier Felipe, 29 ans, avait été photographié à son tour, enlaçant tendrement une jeune Américaine Gigi Howard, 25 ans, sur une plage des Caraïbes. Les photos avaient alors été publiées par l’hebdomadaire espagnol «Pronto» et, comme à son habitude, la Maison royale n’avait fait aucun commentaire.
Quelques mois plus tard, l’auteur de ces photos, le paparazzo espagnol Carlos Hugo Arriazu, 25 ans, était condamné à six mois de prison par un tribunal de New York pour avoir procédé à des écoutes illégales sur le téléphone de la jeune Américaine.
Le rôle décisif du roi dans la réconciliation nationale après la dictature franquiste, puis après la tentative de coup d’Etat en 1981, ont fait du monarque espagnol un symbole intouchable. Mais, au fil des années, cette image s’efface peu à peu et, avec elle, les tabous de la presse envers la famille royale, explique le directeur d’une agence de presse espagnole.
En réalité, ajoute ce journaliste qui a requis l’anonymat, la Zarzuela n’a aujourd’hui plus aucune garantie que la règle non écrite de respect de l’intimité de la famille royale ne sera pas bafouée. Le service de presse de la Maison royale a été renforcé ces dernières années et si aucun scandale n’a éclaté chez les Bourbons c’est qu’ils font preuve d’une extrême prudence. (AFP)


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