Ils émanaient du sommet du gouvernement, du palais de Buckingham, de députés, de médias prompts au mea-culpa et de nombreux représentants dans la foule anonyme des sujets éplorés qui se sont massés devant les grilles de la résidence royale.
La plupart questionnaient la validité du code de conduite qui — en l’absence de loi sur la protection de la vie privée — régit la couverture médiatique en Grande-Bretagne, sur une base de volontariat et en l’absence de toute coercition.
Le résultat est que les règles déontologiques souffrent régulièrement d’entorses spectaculaires, démultipliées par la course effrénée aux scoops payés par millions de dollars, et justifiées par le droit présumé du public à être informé.
Avec une commission de régulation de la presse réduite à admonester les médias coupables de manquement aux règles dont ils se sont eux-mêmes dotés.
Le gouvernement travailliste élu en mai a fait valoir que l’adhésion du Royaume-Uni à la convention européenne des droits de l’homme entraînerait immanquablement une révision de la législation nationale.
Le ministre de la Justice, lord Irvine of Lairg, a laissé entendre qu’une fois cette étape franchie, les tribunaux développeraient très vraisemblablement une jurisprudence plus restrictive, au cas par cas.
Le premier ministre Tony Blair a jusqu’ici prudemment veillé à ne pas s’avancer sur le terrain d’un durcissement de la législation, privilégiant l’autorégulation, voire l’introduction d’une loi sur la liberté de l’information, de préférence à tout texte susceptible d’apparaître liberticide.
Dans l’immédiat, le secrétaire au Foreign Office Robin Cook a dénoncé dimanche sans ambiguïté «la traque perpétuelle de la princesse par les photographes». «A long terme, des questions vont devoir sérieusement être posées, afin de déterminer si l’intrusion intempestive dans sa vie privée a contribué à la tragédie», a-t-il dit.
Le palais de Buckingham avait donné le «la», avant même l’annonce du décès. En estimant «que l’accident devait arriver», il avait pointé un doigt accusateur en direction de la presse.
Roger Gale, le vice-président du groupe parlementaire conservateur, a été plus sévère encore, en voyant dans l’issue fatale «l’aboutissement ultime d’une intrusion de la part de la presse».
«S’il s’avère que le harcèlement de cette pauvre jeune femme à contribué à sa mort, nous devrons regarder de plus près à la loi non seulement dans ce pays mais en Europe», a-t-il dit.
Nombre de journaux battaient leur couple dimanche matin, mais plusieurs rédacteurs en chef et correspondants royaux de la presse à scandale ont refusé d’endosser la faute. Ils ont en l’occurrence préféré la rejeter sur les «paparazzi indépendants» impliqués dans la course-poursuite fatale, ou ont fait valoir que Diana avait longtemps été une «victime consentante» des journalistes.
«C’est une échappatoire aisée que de blâmer la presse, de la part en tout premier lieu de l’establishment», s’est défendu le correspondant royal du Mirror, James Whittaker. Ce faisant, il a convenu qu’il faudrait «réexaminer» les droits et devoirs des photographes et journalistes. (AFP)

