L’été fut celui de «la princesse et du play-boy», surpris par les photographes lors de leurs escapades en Méditerranée, et morts dimanche dans un accident de voiture à Paris, après avoir été poursuivis par des paparazzi.
Avec son allure de «Latin lover», promenant ses conquêtes sur des yachts de luxe, le producteur de cinéma Dodi al-Fayed, 42 ans, passait pour la caricature du fils de milliardaire.
Le fait d’ajouter la princesse de Galles, à la longue liste d’actrices et de mannequins de son carnet d’adresses, avait fait de lui la cible numéro un de la presse à scandales britannique. Cette liaison anissant le prestige de la royauté à une fortune issue de la Méditerranée fut même comparée à celle de Jackie Kennedy et de l’armateur grec Aristote Onassis.
Installé à Los Angeles, Dodi dirigeait la société de production Allied Star, qui avait produit les «Chariots de Feu», en association avec son père Mohamed, propriétaire du grand magasin londonien Harrod’s et de l’hôtel Ritz à Paris.
Fils unique du bref mariage entre 1954 et 1958 du riche égyptien avec Samira Kashoggi, sœur du milliardaire et marchand d’armes séoudien Adnan Kashoggi, Dodi menait grand train.
Homme à femmes, qui aurait conquis Brooke Shields et Koo Stark, il était resté marié durant huit mois seulement en 1987 au mannequin Suzanne Gregard. A la différence de son père, Dodi paraissait jusqu’à cet été s’intéresser peu à la Grande-Bretagne, n’y passant que quelquees mois par an.
C’est à Londres qu’est basé l’empire familial, géré par Mohamed al-Fayed et son frère Ali, qui ont tout tenté — d’œuvres charitables en services auprès de leurs amis du Golfe — pour devenir britanniques à part entière. A deux reprises, en 1995 et 1996, la citoyenneté britannique leur est refusée, sans explication.
«Ils pensent que je suis un métèque», avait protesté Mohamed, soulignant avoir contribué pour des millions de livres aux impôts du royaume et employé des milliers de Britanniques.
Les soupçons de Londres
A l’époque, une guerre opposait le gouvernement conservateur au al-Fayed, qui contraignent deux ex-secrétaires d’Etat à démissionner dans une affaire de pots-de-vin.
Ce qui déplaît souverainement à Londres, c’est le mystère entourant la fortune des al-Fayed, accusés par un rapport d’enquête d’avoir «malhonnêtement travesti leurs origines, leur fortune, et leurs intérêts financiers» lors du rachat de House of Fraser, le groupe qui détenait Harrods en 1985.
Mohamed al-Fayed est fils d’instituteur. Il a débuté dans les affaires en vendant des machines à coudre.
D’après sa biographie officielle, il est âgé de 64 ans, mais les registres égyptiens le font naître en 1929, sous le nom de Fayed. Il a emprunté l’honorable particule Al pour peaufiner son blason.
L’enquête sur l’origine de sa fortune le soupçonne même d’avoir utilisé pour racheter Harrod’s des fonds appartenant au sultan de Brunei, dont il était conseiller, ce qu’il dément.
Outre le groupe Harrod’s, qui a enregistré en 96 un bénéfice de 58 millions de dollars, Mohamed al-Fayed possède le Ritz depuis 1979 et a reçu en France la Légion d’honneur.
Symbolisant sa quête de reconnaissance en Grande-Bretagne, il a restauré la résidence du duc et de la duchesse de Windsor qu’il loue à la ville de Paris. Il avait racheté le mobilier de l’hôtel particulier du Bois de Boulogne qui doit être dispersé aux enchères à l’automne.
Le milliardaire égyptien, qui a eu quatre enfants britanniques avec son épouse finlandaise, possède aussi une propriété dans le Surrey, un château en Ecosse, une résidence à Gstaad (Suisse) et une villa à Saint-Tropez (France), où Diana, dont le père était un ami des al-Fayed, a passé une partie de ses vacances cet été.
Avec ses chemises vives et ses costumes croisés, Mohamed a eu beau s’afficher aux côtés de la reine Elizabeth, il n’est pas parvenu à effacer aux yeux de l’«establishment» son image de «nouveau riche», de «héros venu de zéro», comme l’avait qualifié un des ses adversaires.
Cette position de paria, selon les chroniqueurs royaux, avait tout pour rapprocher les al-Fayed de Diana, qui semblait se plaire à affirmer son indépendance à l’égard de l’étiquette. (AFP)

