D’autant que cette réussite économique a permis une réduction jamais vue du nombre de pauvres pendant la même période dans l’Est asiatique, souligne l’Organisme international de développement dans cette étude. Un autre rapport, rendu public le même jour, est exclusivement consacré à l’Inde dont les gains dans ce domaine sont restés, en contraste, très modestes.
La forte expansion économique, stimulée par une stabilité macroéconomique, une accumulation de capital humain et financier, l’ouverture des marchés ainsi qu’un taux élevé d’épargne et d’investissement, a fait tomber le nombre de personnes démunies — vivant avec moins d’un dollar par jour — en Asie de l’Est de 27% entre 1975 et 1985. La baisse atteint 34% de 1985 à 1995, précise la Banque.
Ce recul de la pauvreté dans l’Est asiatique a été le plus rapide jamais enregistré dans le monde en développement, relève encore la Banque.
En d’autres termes, six personnes de cette région sur dix vivaient dans la pauvreté en 1975 contre seulement deux sur dix aujourd’hui.
Les pays les plus peuplés de cette région, la Chine et l’Indonésie, comptaient ensemble 92% de la population la plus pauvre de cette zone en 1975.
Depuis, la Chine a vu la proportion de sa population pauvre tomber de 63% tandis qu’en Indonésie la réduction a été de 82%. Les autres pays de la région ont enregistré des diminutions encore plus spectaculaires: en Thaïlande, la baisse du nombre de pauvres a atteint 90% (pour passer de 8,1% de la population à moins d’un pour cent) et en Malaisie la diminution a été de 95%.
Tous les indicateurs sociaux — espérance de vie, mortalité infantile, nombre d’enfants scolarisés — se sont aussi nettement améliorés pendant les vingt dernières années, note la Banque.
Mais malgré deux décennies de progrès, l’étude de l’organisme de développement intitulée «Le miracle pour tous? pauvreté et inégalités sociales dans l’Est asiatique», insiste sur la nécessité de poursuivre et d’accroître les efforts pour lutter contre la pauvreté en avançant trois arguments:
Tout d’abord, la pauvreté reste très étendue dans les nouvelles économies en transition de la région comme le Cambodge, le Laos, la Mongolie et le Vietnam. Les populations les plus démunies de ces pays sont surtout concentrées dans les zones rurales. En second lieu, la Banque a relevé une concentration de la pauvreté parmi certains groupes sociaux, notamment des minorités, dans les pays à revenu moyen tels que l’Indonésie, les Philippines et la Thaïlande.
Enfin, certains pays comme la Chine et la Thaïlande voient se développer une disparité économique entre les groupes les plus éduqués et urbains de la population qui réussissent économiquement et ceux qui le sont moins ou pas, le plus souvent des ruraux. Cette disparité se constate également entre les différentes régions, par exemple en Chine entre les zones côtières en pleine expansion et les provinces dans le centre du pays.
Cette inégalité croissante risque, non seulement de freiner le taux de réduction de la pauvreté dans la région, mais aussi la croissance économique future en ébranlant la cohésion sociale, avertit la Banque.
A la lumière des récentes turbulences sur les marchés financiers et des changes de la région en réaction à la crise en Thaïlande, la Banque ajoute que «tout impact négatif sur la croissance pouvant entraîner un ralentissement des progrès dans la réduction de la pauvreté serait très préoccupant». (AFP)

