Ignorant la dissolution du Parlement décrétée le 3 juillet, depuis Banja Luka, par Mme Plavsic, et le soutien international à la présidente, le gouvernement de la Republika Srpska (RS) a réuni mardi cette assemblée, dominée par les ultra-nationalistes du Parti démocratique serbe (SDS), dans la station de sports d’hiver de Jahorina, qui surplombe Pale.
A l’ordre du jour, officiellement, «la situation en RS et les moyens de résoudre la crise», ainsi que l’opportunité de tenir, comme prévu les 13 et 14 septembre, les élections municipales, bien qu’un boycottage semble peu probable.
Les «faucons» de Pale préparent leur défense à huis clos, derrière les murs de l’usine Famos, transformée en bureaux du gouvernement, dans la «maison blanche» où siège Momcilo Krajisnik, l’homme fort, élu serbe de la présidence collégiale bosniaque, ou encore dans le chalet, signalé par une guérite en bois, qui abrite le ministère de l’Intérieur.
Au risque de s’isoler un peu plus, ils ont décidé de «rompre leurs relations» avec Mme Plavsic, l’accusant de «continuer à violer la constitution».
L’ancienne collaboratrice de Radovan Karadzic, qui a su se ménager le soutien des dirigeants étrangers par son langage conciliant, s’est attiré du même coup les foudres de Pale lorsqu’elle a décidé, début juillet, de limoger le ministre de l’Intérieur, Dragan Kijac, et de convoquer des législatives anticipées.
Le porte-parole du haut représentant civil en Bosnie, Carlos Westendorp, lui a d’ailleurs renouvelé l’appui de la communauté internationale, qualifiant le gouvernement de la RS de «provisoire et aux compétences très réduites».
Paradoxe
En deux jours, le fossé s’est encore creusé entre les deux centres du pouvoir en Republika Srpska, Pale au sud-est et Banja Luka au nord-ouest.
Déjà soutenue par la police de Banja Luka, Mme Plavsic a pris dimanche le contrôle de la radio-télévision de cette ville, jusqu’alors inféodée au pouvoir de Pale. Une bonne partie de l’armée de la Republika Srpska lui serait en outre acquise.
Mais rien n’y fait, ni les risques d’éclatement de l’entité serbe, ni les coups de semonce de la communauté internationale, qui menace de priver les Serbes de Bosnie de l’aide financière à la reconstruction.
A trois semaines des élections municipales, les dirigeants de Pale continuent de narguer les représentants du monde entier qui les observent, démunis, depuis Sarajevo, à quinze kilomètres de là.
Les ondes de la télévision officielle (SRT) de Pale inondent les futurs électeurs d’une propagande sans détours, hostile pêle-mêle aux étrangers, à Mme Plavsic et à l’idée d’une Bosnie-Herzégovine unifiée.
L’opinion fait écho au discours officiel. «Une grave erreur, une trahison envers la Republika Srpska», commente un habitant de Pale en réaction à la scission au sein de la SRT.
A quelques centaines de mètres du centre-ville, dans sa maison cachée dans un bouquet d’arbres, le leader déchu mais tout puissant, Radovan Karadzic, en tête de liste des personnes recherchées par la justice internationale pour crimes de guerre, continue en toute impunité à tenir les rênes du pouvoir.
Avec, au premier rang de ses proches, Momcilo Krajisnik, l’homme au double rôle: celui dont le discours alimente les informations de la même SRT, celui aussi qui, parfois, descend jusqu’à Sarajevo où il est accueilli comme le légitime représentant de l’entité serbe.
Le porte-parole de M. Westendorp soulève lui-même le paradoxe: «M. Krajisnik n’est pas compétent pour traiter les affaires internes de la RS, il est l’élu serbe de la présidence collégiale». (AFP)

